jeudi 24 avril 2014

Qui n'a pas de mémoire doit avoir des jambes

J'ai toujours rêvé de réaliser un record Guinness. Quand j'étais jeune, mon moniteur de terrain de jeux avait réussi le record du plus grand nombre de push-up en une minute : puissant, viril, spectaculaire. Tout pour faire frétiller les ovaires encore naïfs des gamines et grimper en flèche la testostérone novice des petits hommes.


Cependant, mises à part quelques habiletés ridicules, je ne savais rien faire qui puisse mériter d'entrer dans les records.


Je sais bouger mes narines et mes oreilles. Je sais lever un sourcil indépendamment de l'autre, et même faire avec eux la vague si je suis vraiment en forme. (D'ailleurs - parenthèse - la dextérité du sourcil permet une grande flexibilité sur le plan de la démonstration des émotions telles que l'incrédulité - un seul sourcil levé accompagné d'un mouvement de tête du même côté - ou la réflexion - un sourcil à la fois est tiré vers le haut en alternance avec l'autre, accompagné cette fois d'un son grave (habituellement heeeeeu ou mmmmmm) et parfois même d'un mouvement de bouche qui se tord à la recherche d'une réponse satisfaisante. (Si mon voisin est présentement en train de m'espionner, il doit se demander si je pratique un genre de cross-fit du visage...) Fin de la parenthèse.) Je sais tenir en équilibre sur mes bras, les deux genoux accotées sur un de mes coudes, les jambes parallèles au sol. (Z'êtes pas en train d'essayer là? Voilà ce dont je parle, pour les visuels.) Je suis capable, et je sais, je suis dégueu, de virer mon annulaire à l'envers jusque sur le dessus de ma main. (Cette fois, je n'ai pas trouvé de photo, lecteur dégoûté.) Je fais aussi quelque chose de bizarre avec mon coude qui fait invariablement crier tous mes élèves quand je leur montre. Mais à part épater la galerie, mes habiletés sont totalement inutiles.


Le pire, ce sont mes habiletés mentales.


Certains retiennent les numéros. Pratique. Moi, je retiens les paroles de tounes : pars-en une, je la continue. Fais attention aux mots que tu emploies, s'ils ressemblent à ceux d'une chanson, je la chante. Je retiens des slogans. Des vers. Des répliques entières de films. Bref, des mots. PAS pratique.


D'ailleurs, dans mon cerveau, les mots qui prennent inutilement beaucoup trop de place, ce sont les proverbes. Ils entrent, se faufilent et trouvent dans mes neurones un endroit propice à leur installation permanente. Ils se creusent un solage, construisent des bloc-appartements et forment un guetto parce que, c'est bien connu, qui se ressemble s'assemble. Et ils tentent inopinément de s'introduire dans mes conversations. Je les fais taire parce que celui qui sort toujours un proverbe a terriblement l'air pédant et que parfois, aux yeux du sot, la parole du sage semble une sottise. Mais vous devriez les voir me traverser le cerveau tels des éléphants hyperactifs dansant entortillés dans le kit de lumières de Noël. Ils sont beaux, ils ont encore l'innocence de croire qu'ils sont à la mode, qu'on cherche le meilleur d'entre eux à la fin d'un texte en guise d'ouverture dans une conclusion. Et parce que la naïveté est l'opium des êtres blasés et que je reste persuadée qu'il n'y a qu'un malheur, celui d'être cynique, je leur laisse croire qu'on leur accorde l'importance qu'ils méritent.


Et je tente de construire les miens, des proverbes avec mes propres verbes. Parce que je suis autonome de la réflexion. Parce que la pensée est l'exercice de l'intelligence, comme un bench press du cerveau. Parce que j'aime les acrobaties des mots. De la pensée. Leur flexibilité.Un genre de yoga des idées. Et ces beaux mots tournent inlassablement dans ma tête, faute d'en sortir, et m'empêchent de dormir. Et c'est en noir que je vois la nuit puisque dans l'insomnie, tout s'agrandit ou s'amenuise, comme un écart de mémoire qui nous livre aux erreurs de mensuration.


Et j'apprivoise tranquillement ces mots qui veulent devenir grands. Je les couche sur mon écran en toute connaissance de prose. Je suis réaliste, lecteur étourdi : jamais ma mémoire des mots ne me fera gagner un record Guinness.


Alors pour pallier l'absurdité de mes habiletés, je vais continuer le cross-fit qui me fait souffrir le corps depuis deux semaines. Qui sait ? Peut-être que je battrai le record de push-up de feu mon moniteur de terrain de jeux?


Ce qu'il y a de plus criminel au monde, c'est l'absence de naïveté.
Read more at http://www.dicocitations.com/citations-mot-naivete.php#wR4a4s6TQmHEEQzE.99
Ce qu'il y a de plus criminel au monde, c'est l'absence de naïveté.
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Ce qu'il y a de plus criminel au monde, c'est l'absence de naïveté.
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mardi 8 avril 2014

Poisson rouge

La mémoire est une faculté qui oublie, c'est bien connu. D'ailleurs, par chance. Imagine, lecteur fort probablement déjà convaincu, qu'il soit possible de se rappeler, de façon intégrale, chaque douleur, chaque rejet, chaque humiliation, chaque colère, chaque deuil... La vie ne vaudrait plus la peine d'être vécue, lecteur dépressif, après la pluie n'apparaitrait jamais le beau temps. Un peu comme ce pénible printemps...


Après une première cocufication, plus personne ne chercherait à être un couple. La jalousie nous ramènerait incontestablement vers le célibat le plus assumé. Si on se souvenait réellement, la notion de couple disparaitrait inévitablement.


Et plus personne ne prendrait de risques, aussi minimes soient-ils. Le souvenir de la douleur serait beaucoup trop vif. Tout le monde ferait comme moi, sportive sociale, et arrêterait de jouer à la balle (après six longues années d'efforts infructueux) après avoir reçu sur le bras un relais du deuxième au premier but. Ou de faire du rollerblade après s'être patiemment arraché les cailloux incrustés dans le genou. Ou de courir après... ben après sa première course du printemps là...


Au moins, plus personne ne prendrait le volant après avoir bu puisque plus personne ne boirait. Et même que plus personne ne conduirait après, un jour, comme moi, avoir gravi, de reculons, le mur du centre de du Vallon.


Une chance que la mémoire oublie. Sinon, plus personne n'aurait d'enfants. Encore moins par voie vaginale. (D'ailleurs, pourrait-on me présenter celui qui a nommé le vagin ainsi... parce que j'aurais quelques mots à lui dire concernant la sonorité dudit mot. Pas de danger que ce soit cute, non : VAGIN... Un v et un g dans le même mot, ça peut pas être beau!) (Je viens ti juste d'écrire vagin en lettres majuscules dans un de mes textes, moi!? Nice!!!) Personne ne voudrait revivre les interminables nuits, les interminables crises, les interminables pleurs, les interminables matins, les interminables inquiétudes. PARSONNE.


Cette mémoire qui oublie, c'est elle qui nous permet de continuer. De recommencer. De persévérer. D'espérer. De persister. De réessayer. De poursuivre. De croire. D'aspirer. De vivre.


Certains, d'ailleurs, ont la mémoire plus courte que d'autres. Ils ont cette faculté de tourner la page. De ne pas laisser la vie laisser ses traces. Ils ne regardent pas derrière et foncent. Ils semblent heureux, insouciants. Et il y a ces autres, ceux qui sont marqués par le passé, par les douleurs gravées. Ceux qui apprennent trop, qui retiennent trop. Ils ont le front préoccupé.


Et il y a le Québec.


Dont la devise est "Je me souviens".


Mais qui semble trop vite pardonner. Qui semble trop vite effacer, éponger, gracier. Qui semble trop vite oublier.


Il y a ce Québec, dont je suis amoureuse, qui dit se souvenir, mais qui a choisi de retourner avec son ex malgré le mal qu'il en a dit, malgré la haine qu'il a ressentie, malgré sa trahison, malgré ses bâillons, malgré ses lois imposées, ses discussions avortées. Malgré ses nombreuses cocufications.


Québec, je suis en berne. Tu as la rancune molle, tu as l'animosité fragile, tu as l'hostilité débonnaire.


Québec, tu oublies vite, mais tu apprends peu.









mardi 1 avril 2014

Ces mots


Ils transportent, emportent, enivrent. Ils parlent, jurent, rassurent. Ils évoquent, crient, hurlent. Ils aiment ou assassinent. Ils font rougir, blêmir, rire, déprimer, croire et douter, perdre, gagner, rêver, mépriser, rester ou tout quitter. Ils rendent confiant, fou, amoureux, amoureux fou. Ils salissent, contrôlent, découragent et tuent.


Ils dépassent la pensée, parfois. Parlent sans penser. Il faut les peser. Fouiller, chercher les bons. Ceux qui ont le bon poids, la lourdeur ajustée. Ceux qui ont les bons sons, la bonne signification. Le bon sens, du gros bon sens, ceux qui provoquent la bonne sensation. Ceux qui sonnent, résonnent et donnent un sens à ma... oups, je m'égare, lecteur dérouté, ce ne sont pas les miens, ceux-là.


Je les aime crus. Drus. Efficaces. Je les aime doux. Passionnés. Ardents. Je les aime beaux. Je les aime vrais.


Certains déchirent, blessent. D'autres consolent, bercent.


Pourtant, invariablement, je les aime lents. J'aime qu'ils prennent leur temps. Je les préfère réfléchis, assurément. Les mots sous pression, très peu pour moi. Je les préfère préparés, bien habillés et coiffés. J'aime qu'on les ait cultivés, mijotés, prémédités. Je les aime bien apprêtés, pas pressés.


On les garoche pourtant trop souvent. Comme s'ils étaient sans importance : un vieux bas puant trainant auquel on ne touche que du bout des doigts. Et on les échappe. On heurte invariablement. On les encaisse, on les digère amèrement. On les nie. On les ressasse. On les tourne dans tous les sens. Et parfois même, on les ramasse. On les repasse un peu et on les relance.


Et c'est pourquoi je les écris, parce qu'ils sont alors mieux choisis. Il faut prendre le temps pour les lire, eux qui ont pris le leur pour s'écrire.



samedi 15 mars 2014

Le sens

Dans un monde tellement défectueux, au beau milieu de l'égocentrisme, malgré la haine et la laideur, on met au monde.


Dans une vie pourtant imparfaite, au beau milieu de nos défauts, malgré nos peurs et nos doutes, on donne la vie. Pour la vie. 


Et on apprend. On apprend à laisser vivre. Au beau milieu de cette jungle, malgré l'inquiétude, malgré l'angoisse, malgré la peur, on les laisse vivre. Et ils apprennent à voler. Ils s'autonomisent. Et on les pousse. On les pousse à pousser.


Et on se soucie qu'ils poussent bien. On se soucie sans cesse. On se soucie constamment. Terriblement. Et tout ce qu'on fait désormais a un autre sens. Un autre poids. L'erreur, cette fois, on ne se la pardonnera pas totalement. Et on se demande parfois pourquoi on a voulu ça. Pourquoi, puisque c'est si encombrant? Pourquoi, puisque c'est si responsabilisant? Si étonnamment prenant, pesant? Et on se surprend à rêver de notre vie d'avant. De légèreté, de spontanéité, d'insouciance, d'inconstance. De poutines à quatre heures du matin. D'imprévus quand on n'a rien. D'expériences. D'intense. De nonchalance. D'indifférence. D'indépendance. Mais on a un souper à préparer, des chicanes à réconcilier, des larmes à essuyer. Et on soupire. Parce qu'on manque de solitude. Et on bâille. Parce qu'on manque de sommeil. Et on essuie des nez. Et on lit des histoires. On routinise en s'ennuyant de l'impromptu. On ritualise en cherchant l'improviste. Et au moment où on se convainc que cette vie-là, c'est trop pesant. Au moment où on a presque envie de baisser les bras. Au moment où on sacrerait pas mal toute ça là, on entend, venue d'en bas, une toute petite voix qui n'a besoin que de si peu d'arguments. Une toute petite voix qui tire sur nos culottes en claironnant : "Je t'aime maman." 


Et tout reprend son sens.





samedi 8 mars 2014

Petits yeux

Ils nous prennent tout notre temps. Notre énergie, un peu aussi. Pis notre argent, faut le dire. Ils nous occupent, nous exaspèrent, nous font rire, nous réveillent, nous émeuvent, nous salissent, nous grimpent dessus, nous rentrent des coudes dans les yeux, des tites autos dans nos bottes, nous inquiètent, nous imitent, nous déstabilisent. Nous enseignent. Nous font grandir.


Parce qu'ils savent, sans le savoir, comment être heureux. Et si on les scrute juste un petit peu, on apprend.


Parce qu'ils savent, sans le savoir, quel regard porter. Quels yeux utiliser. Comment s'émerveiller. Regarder le beau dans l'ordinaire. Arrêter de courir, de penser, de ruminer. Ralentir. Juste voir. Et profiter. Parce que la vie est plus belle quand on la déguste. Quand on s'attarde. Quand on prend le temps.
 
Parce qu'eux savent, sans le savoir. Ils savent observer. Découvrir, toujours. S'étonner. Et s'exclamer. Se laisser fasciner, subjuguer, captiver, éblouir, impressionner. 


"Regarde chaque jour le monde comme si c'était la première fois", écrivait Éric Emmanuel-Schmitt. Il l'avait compris, lui aussi.


Ils savent. Et moi je copie sur eux.



jeudi 6 mars 2014

Émotionner

Je l'aime forte. Piquante. Je le sais que certains l'aiment discrète. Je l'ai essayée plus douce, mais elle est meilleure quand elle garoche. Je l'aime intense, pure. Je suis incapable de me contenter d'une demi-mesure. Je la préfère vraie, authentique, nue. C'est mieux comme ça, parce que j'ai très peu de talent pour la cacher ou la déguiser. J'ai appris plutôt à la décortiquer, à l'analyser, la comprendre, y plonger, parfois même à la nier et j'étais persuadée, lecteur déboussolé, qu'en grandissant, un jour, j'arrêterais d'émotionner. Je me calmerais le sentiment. Je m'équilibrerais l'effervescence. Je me stabiliserais le coeur. Faut croire que je n'ai pas assez grandi, c'est peut-être que mes cinq pieds deux et demi n'ont pas suffi, lecteur hilare, parce que l'émotion, je l'aime toujours aussi vive.


Je t'envie, lecteur endurci, de n'avoir pas à combattre, à te tenir debout devant elle. Je t'envie de ne pas la sentir mourir, ressusciter, s'éteindre, se rallumer et la suivre, parce c'est elle qui mène. Je t'envie de me juger trop émotive. En même temps, il me semble qu'il te manque un peu de saveur, non? Comme si tu mangeais toujours des repas congelés. Ou des haricots en canne. C'est fade, des haricots en canne. Comme si tu te faisais cuire une sauce à spag sans en respirer l'odeur. Comme si tu ne montais jamais le volume dans tes écouteurs. Un genre de chuchotement permanent, sans cris, sans éclat. Une peinture monochrome. Un été sans hiver. Pire encore, un hiver sans été.


Et toi, lecteur passionné, tu me comprends. Tu sais. Elle est sournoise, tu la connais, l'émotion. Tu la gères peut-être, mais tu en as peur aussi, je sais. Et parfois, tu t'en veux de la laisser t'envahir. Alors tu t'armes. Tu te cote de maillises le cœur. Tu t'emmurailles la défaillance. Et tu fonces parce que tu la sais inévitable. Tu épices ta vie au risque de te brûler. Tu ajoutes de la brillance au risque d'en être aveuglé. Tu vis l'hiver parce que tu sais qu'il y a l'été. Pis t'es pas mort, lecteur exalté. Tes couleurs sont vives et toi, vivant.


J'émotionne peut-être beaucoup. Mais je vis, surtout.



lundi 3 mars 2014

Ceux-là

Minuit, 31 décembre 2006.
Mexique.


L'ambiance est festive. Des feux sont allumés un peu partout sur la plage et dans les yeux de ceux qui dansent. La mer, ses vagues, la musique, le sable, des corps bronzés... trame de fond parfaite pour défoncer une année.


Pourtant, je suis assise un peu en retrait, moi qui ai plutôt l'habitude de crier ma vie aussi fort que le moment l'est, et je regarde la lune qui vole quelques centimètres au-dessus de la ligne d'horizon que je vois trop rarement. J'ai encore mon paréo sur la tête, celui qui me permettait, quelques minutes auparavant, d'imiter un gourou de secte à l'accent espagnol douteux pour faire rire mes amis de fortune avec qui je découvre Puerto Escondido et ses noix de coco qui donnent la chiasse.


Je suis assise un peu en retrait parce que je semble être la seule à qui il manque quelque chose. Sur ma scène, j'ai choisi le décor parfait. Je suis perfectionniste, lecteur berné par le bordel de mon bureau à l'école. Et j'aime les détails : la lune est presque pleine, la tite broue des vagues pétille sur mes orteils, l'air est doux. Avoue, lecteur tanné des -40 degrés, que tu as envie d'y être avec moi.


Malgré tout, affirmais-je, il me manque quelque chose. Le décor est merveilleusement monté, mais la pièce n'est pas à son apogée.


Il manque les acteurs. Ces amis avec qui j'aime jouer. Mes amis. Ceux qui crient parfois aussi fort que moi et ces autres qui me modèrent. Ceux avec qui j'ai souvent dépassé des limites sans me faire juger. Ceux avec qui on fait des concours de gomme balloune avec un kodak à trois heures du matin. Ceux à qui on sort vainement nos techniques de respiration d'accouchement pour leur éviter de tomber dans les pommes au show de Ben Harper. Ceux avec qui on fait fondre l'asphalte en faisant un feu impromptu dans la cour arrière d'un appart. Ceux avec qui on écoute du Loco Locass sur repeat perdus en forêt. Ceux qui acceptent de porter des chapeaux de cowboys avec nous. Ceux avec qui on chante trop fort des (mauvaises) tounes inventées sur des airs connus. Ceux à qui on remplit le sac d'école de confettis, on enveloppe le bureau de papier alu, on accroche des banderoles pendant leur absence, on envoie des messages de freaking lutins à Noël. Ceux avec qui on peut ne rien faire pis avoir du fun quand même. Ceux avec qui on parachute, on rafte, on campe, on danse, on dérange, on pleure, on bouffe - trop -, on boit - trop - pis on rit - trop.  Ceux qui parfois nous disent qu'on a raison d'être en crisse. Ceux, parfois, à qui on dit qu'ils ont raison d'être en crisse.


Ceux qui font de ma vie la meilleure pièce de théâtre ever.


Ceux sans qui même le décor le plus enchanteur ne vaut rien.





vendredi 28 février 2014

Recette d'un p'tit crisse

Malgré mon travail de prof et mon autre de mère, je n'ai ni la recette pour créer un athlète olympique (pis honnêtement, je m'en contretorche un peu, je suis loin d'avoir l'argent pour monter à Sochi!) ni celle pour créer un chanteur d'opéra, un scientifique fou, un artiste international, un militant gauchiste, un génie des mathématiques, un gourou hindouiste, un premier ministre, un communiste ou un capitaliste. (Avoue, lecteur déçu, que tu aurais aimé celle du premier ministre!)


Pourtant, en cette fin de journée qui fut des plus tumultueuses à l'école, en ce début de relâche bien méritée pour tous mes collègues à bout de souffle et pour moi-même, en train de me réanimer à coups de martinis litchi, je veux partager avec vous une recette. La seule peut-être qui existe quand on jase d'éducation d'êtres humains. Celle qui devrait figurer en première page du Mieux-Vivre qu'on nous offre à l'hôpital dans nos mains encombrées d'un bébé de deux heures qui prend le sein tout croche et nous déchire le mamelon. Non, mieux! Celle qu'on devrait faire réciter comme un hymne national à tous ceux qui ont l'ovule qui les titille ou le spermatozoïde qui sonne pour leur accorder le droit de se reproduire. (Le savais-tu, toi, lecteur perfectionniste, qu'on pouvait dire une hymne aussi?) Une recette merveilleuse, tout droit sortie de ma tête!


La recette du p'tit crisse.


En fait, il se peut que si tu ne suis pas la recette, tu réussisses quand même ton coup, lecteur dubitatif. Parce qu'il y a en d'autres, que tu peux créer : le p'tit câlisse, le p'tit tabarnac ou le p'tit Kevin (sous toutes ses formes : Keven, Kaiven, Kayvin, Kèvene...). Mais aujourd'hui, je m'attarderai au p'tit crisse, c'est mon préféré. Pis ça se met au féminin aussi. Le masculin est utilisé juste pour alléger le texte, tsé.


1- D'abord, dès sa naissance, laisse-le niaiser longtemps avant d'aller le voir quand il pleure. Il faut les endurcir, ces p'tites bêtes-là! Pas question d'en faire des tapettes. Touche-le le moins possible, il faut qu'il s'habituse : dans la vie, on avance tout seul. Si t'es vraiment dans l'mood, tu peux aussi tenter de le faire dormir dans la garnotte, mais là, on est à un niveau supérieur. S'il ne comprend pas vite et pleure toujours, mets un peu d'Amarula dans son lait.


2- Dans sa phase je-varge-sur-tout-le-monde-pour-montrer-mon-mécontentement/ma-supériorité, fais semblant d'être fâché, juste pour ne pas trop te faire juger (c'est pas tout le monde qui comprend ça, l'éducâtion!), garde quand même un ton mielleux pis sucré pour l'invectiver pis sacres-y un bec quand plus personne ne te regarde.


3- Quand il crise, fait le bacon, hurle, se pète la tête à terre volontairement, se répand sur le plancher dans sa morve et ses larmes ou te mitraille de tout ce qui peut lui tomber sous la main, surtout, ne laisse pas la frustration transparaître, lecteur impatient : il développe son caractère. Il en aura besoin dans la jungle scolaire plus tard. Ne monte surtout pas le ton. Donne-lui plutôt beaucoup d'attention. Si tu peux l'attraper au passage, donne-lui des smarties.


4- À la garderie, s'il y va, quand il mordra le dos de la petite Alice ou brutalisera son ami Marco, demande-lui gentiment "pourquoi?" à plusieurs reprises. Laisse-le changer de sujet, il apprend l'évitement, souvent utile en cas de conflits. En arrivant chez toi, donne-lui des jujubes.


5- Couche-le tard. Pis la sieste, l'après-midi, c'est pour les moumounes. Réveille-le, lecteur festif, s'il s'endort en plein party et donne-lui des chips, ça tient réveillé.


6- S'il crie dans un magasin, ne le laisse pas attirer autant d'attention sur vous, lecteur inconfortable. Achète-lui un jouet. Sinon, il pourrait ensuite se sentir lésé dans son sentiment de toute-puissance, ça développe des défaillances érectiles.


7- S'il boude, t'affirme qu'il te déteste et ne veut plus jouer avec toi, prends-le en pitié. Il te montre ainsi son désarroi. Harcèle-le, même s'il te repousse, pour qu'il redevienne ton ami. C'est bon pour son estime. Au pire, quand ça dure trop, donne-lui des skittles ou achète-lui un Ipad. Avec une carte ITunes.


8- À la maternelle, si sa prof lui donne une conséquence, appelle pour contester. Si la prof n'entend pas raison, argumente. Elle est nécessairement incompétente. Dis-le à ton enfant. Sacre au téléphone, prends ta grosse voix, lecteur autoritaire, et dis-lui comment gérer sa classe. À répéter jusqu'à l'université.


Je n'ai que peu de convictions dans la vie, lecteur incrédule, mais celle-ci est puissante. Ma recette mène incontestablement vers le p'tit crisse. Les limites, c'est pour les faibles.



samedi 22 février 2014

Iousse qu'y va, le monde?

Vendredi matin. 
3 heures de sommeil.
Pédago et café.

Quelques policiers (humm...!) et leur commandant au physique imposant viennent nous former, mes collègues et moi, sur les mesures à prendre lorsqu'un tireur entre dans une école. Pour l'occasion, j'ai trainé mon gun à eau vert fluo. Concept.

Depuis Denis Lortie en 1984, les médias nous mitraillent (désolée, lecteur insurgé, ce n'est que turlupinade, ce mot, dans ce contexte, je sais...)les médias nous mitraillent, disais-je, d'événements dramatiques, mortels, tous symptomatiques d'une société malade. La nôtre.

Depuis le début du millénaire, il ne passe pas une année sans qu'une école ne soit visitée par un tueur (https://fr.wikipedia.org/wiki/Tuerie_en_milieu_scolaire), l'année 2012 battant des records d'indignation avec sa tuerie à l'école primaire de Sandy Hook causant 28 morts dont 20 enfants.

Les raisons de ces massacres varient. Elles ne sont, à ma connaissance, ni politiques ni économiques. Elles apparaissent la plupart du temps plutôt personnelles. Parfois, elles sont inconnues. Pourtant, les tueurs semblent tous avoir quelque chose en commun.

La haine.

Bon. Je ne m'attends pas à recevoir un doctorat en sociologie pour cette découverte, je ne crois plus aux pouliches, tu le sais, lecteur accoutumé. N'empêche qu'on peut bien accuser les Internet, la musique et l'accès aux armes à feu, mais s'il n'y avait pas la haine, la vraie, la grande, LA haine, il n'y aurait pas d'abattoir. 

Quand c'est loin, c'est facile de s'insurger sans se sentir concerné.
Quand c'est aux États-Unis, c'est facile de les trouver cons.
Quand ça se rapproche, ça devient un peu moins facile.
Quand le policier t'en parle dans ton école, c'est encore possible de te persuader que ça n'arrivera pas.
Mais quand tu es seule, devant ta classe, à te questionner sur la meilleure façon d'y confiner 32 vies, ça devient un peu plus réel.

J'en connais, moi, des élèves haineux. Des parents aussi. Des gens.

Et les scénarios se bousculent parce que l'imagination est un terreau fertile et que la graine était déjà semée depuis longtemps et qu'on vient tout juste de l'arroser, de s'assurer qu'elle a du soleil. On a même mis un peu d'engrais. Et la scène se forme. Et les réactions semblent un peu plus concrètes. Les visages. Les yeux. Et les cris. Les pleurs. Le bruit des bureaux, des chaises. Et la peur qui croît. La panique qu'il faut contrôler. Et le sang peut-être. L'incompréhension ensuite. Les dégâts. Et là, il faut convaincre son cerveau que les risques sont minimes. Que ce n'est qu'une préparation mentale. Que l'image ne sert qu'à savoir quoi faire, comme lors d'une pratique de feu. Sauf que le feu, lui, il n'a pas pris la décision de tuer des gens. Il n'est que ce qu'il est, c'est tout. Il détruit comme il peut sauver une vie. Mais l'homme, lui, il tire et il sait. Il sait la douleur. Il sait la peur. Il sait la mort. Et il les choisit.

C'est quand ma tête déraille et assied mes enfants dans cette même classe où il faut confiner 32 vies que je disjoncte. Je peux me placer dans cette situation. J'assume. Mais pas mes enfants.

Et moi qui ai toujours exécré ces phénomènes de phobie sociale, moi qui n'ai pas voulu faire vacciner ma fille et mon foetus lors de la folie H1N1, moi qui ai toujours ri des États-Unis et de leurs détecteurs de métal dans les écoles, moi qui les traite de névrosés paranoïaques en les contemplant s'armer pour se protéger, moi qui étais persuadée que le virus du Nil était le fruit d'un mythomane, moi qui ai toujours été convaincue qu'un peuple qui a peur est un peuple soumis, moi, cette même moi, en pensant à mes enfants assis dans cette classe, cette bibliothèque ou cette cafétéria, je fonds, je m'écroule, je court-circuite : construisons des écoles anti-balles, enfermons tous les impulsifs, abolissons la haine à coup de pilules du bonheur, installons des caméras de surveillance dans toutes les maisons, barricadons-nous, protégeons-nous ou sauvons-nous!!!!

Et là, je convaincs mon cerveau de se calmer le terreau, il faut le mettre en jachère quelques minutes.

Et je me demande iousse qu'y va le monde. 
Et par iousse qu'il faut aller, pour ne pas aller là où il va?
Iousse qu'y va, le monde, qu'on puisse l'éviter, lui pis sa grosse gastro généralisée?
Iousse qu'y va, le monde, question qu'on le sache et qu'on puisse s'en aller à l'opposé?





dimanche 2 février 2014

Vieux yeux



Peut-être que j’me trompe, peut-être que chu dans l’champ. Peut-être qu’au fond, j’ai rien compris, que c’est désolant. Peut-être que c’que j’vois dans leurs mouvements, leur désenchantement, leur désintéressement, leur désillusionnement, c’est un leurre, que du vent. Peut-être. Peut-être pas non plus. Je sais pas. Je sais plus.

Parce que je suis de plus en plus loin, je vieillis. Et qu’avec ces yeux d’adultes, on n’y voit pas toujours clair. On regarde de loin, on préjuge, on peut pas croire, on sermonne, mais on se souvient, quand même, un tout p’tit peu. On se souvient que jadis, on adolesçait un peu, en moins pire c’est certain, mais jadis, nous adolesçâmes. Ah! Nous fûmes ben mieux, nombrilise-t-on, pas si tant pire, juste assez. Et on regarde de loin, dans notre temps, avec nos yeux de vieux qui ne voient plus tant qu’ça, du moins pas aussi loin que ça, parce qu’on vieillit, et on voit tout brouille et on s’engaillardit l’image du passé et on se désole pour eux parce qu’au fond, on voudrait mieux pour eux.


Pourtant, quand on regarde mieux avec nos yeux usés ces grands enfants, ces petits adultes derrière leur pupitre, on voit bien qu’ils ne veulent pas ce qu’on veut. Et parfois, tout ce qu’ils veulent, c’est le contraire. Le contraire de n’importe quoi. Alors on dit oui, juste pour voir, et ils disent non. Et on comprend, quand on regarde mieux avec nos yeux de fossiles qui voient bien juste ce qu’ils veulent bien voir. On voit bien, à moins que j’me trompe. On voit leur grand corps, leur corps de grand, dans lequel ils sont encore tout petits. On voit leur armure, de plus en plus solide, mais dans laquelle, c’est encore un peu fragile. Et on se convainc un tout p’tit peu que nous fûmes bien plus solides.

On le voit, quand on met nos lunettes de myopes périmés. On le voit qu’ils veulent être adultes, mais pas trop, ne sont plus des enfants, mais pas tant qu’ça, qu’ils sont presque grands, mais pas vraiment. Et on arrête de préjuger quelques minutes. Et là, parfois, on voit mieux. Et on les aime un peu. Parce que ces grands enfants qui contrarient, c’est quand on arrête de préjuger, c’est quand on les regarde mieux, même avec nos vieux yeux, qu’on aime ce qu’on voit, même si on est loin, même si on a un peu dérivé dans l’temps.
Et si on les observe, de notre regard ancestral, et qu’on les aime mieux, on voit parfois l’enfant, parfois le fragile qu’ils cachent tant, pourtant si attendrissant, qu’ils préfèrent dissimuler sans toutefois vouloir quitter. Et on se demande, désuets philosophes, pourquoi il faut vieillir pour avoir envie de rajeunir.


jeudi 23 janvier 2014

Quand j'étais une hippie

Incontestablement, dans mon ancienne vie, j'étais une hippie et vivais dans une commune. Avec des poules et des vaches sans doute. J'avais fort probablement un champ de marguerites dans les cheveux et ben des patches sur mes jeans. Tout le monde s'aimait et avait un sourire béat collé au visage en permanence. Il y avait peut-être même une licorne ou deux qui gambadaient tout près de notre maison bâtie avec les roches puisées une à une au fond de la rivière qu'on entendait couler tard, le soir, quand nos chandelles avaient répandu sur le bois de la table leur vraie cire d'abeille des ruches d'élevage qu'on s'était patentées au bout du terrain. Mais ça, c'est moins certain...

On s'entraidait. L'un faisait la bouffe, l'autre lavait les bouches crottées des enfants qui piaillaient en cabriolant dans l'immense cuisine qui sentait bon les épices et les légumes, l'autre encore lavait le linge avec du savon concocté à même le lait de chèvre traite un matin où des rayons du soleil naissant empalaient des mousses de pissenlit voletant et tourbillonnant joyeusement. Personne ne se coupait les cheveux ni la parole. On était occupés, mais on était heureux ; chacun se préoccupant du bien-être de l'autre comme du sien. Pis le soir, on mangeait des guimauves bio en chantant "Heureux d'un printemps". D'ailleurs, Piché me doit encore des droits d'auteur sur la toune.

Pourquoi sais-je ça, t'enquiers-tu, lecteur inquiet?

C'est ma façon de me convaincre que c'est la raison pour laquelle deux réalités de ma vie actuelle me sidèrent autant.

Première réalité aberrante : l'isolement. Nos maisons sont de plus en plus grandes, avec de moins en moins de monde dedans. On a de plus en plus d'intimité, mais de moins en moins d'amitiés. De plus en plus de calme, mais de moins en moins de musique. De moins en moins d'enfants, mais de plus en plus de chambres. On s'isole. On s'éloigne. On se solitudifise. On se tour d'ivoirise.

Je m'ennuie de ma vie de hippie, où je pouvais entendre vivre.

Deuxième réalité consternante : l'égocentrisme urbain. On ne connait pas ceux qu'on côtoie, donc on ne s'en soucie pas. On force le piéton frigorifié à attendre au coin de la rue même quand on frôle le -40 degrés parce que c'est notre tour de passer au stop. On ne tient pas la porte à la maman avec sa poussette double, ses dix sacs pis sa broue dans l'toupet qui vient d'escalader les sept marches devant l'entrée du centre d'achats. On s'envoie chier pour des places de stationnement la veille de Noël. On coupe la file de chars à la lumière parce qu'il faut absolument arriver dix-huit secondes plus tôt au travail. On maugrée après la tite madame avec des grosses lunettes pis des cheveux sales qui cherche ses cennes à la caisse du IGA plutôt que de lui fournir la piasse qui manque. On lève le nez sur du monde qui couche dehors. Pis on se réconforte en se convaincant que c'est suffisant d'aller porter notre vieux linge dans le bac bleu sur le coin du Maxi. On a le nombril qui grossit, qui s'urbanise. Qui s'étend comme la ville qu'on habite.

Je m'ennuie des p'tits nombrils de campagne, qu'on pouvait encore laver avec un simple Q-tips.










dimanche 12 janvier 2014

À la recherche du OUMF perdu

6h15, Stoneham, dans la chambre d'en bas.

- Ma tite vache a mal aux pattes, tirons-la, par la queue, elle ira bien mieux, dans un jour ou deux... Maman?... (Temps d'attente, pour voir si sa comptine a bien joué son rôle d'alarme de cadran qu'on a juste envie de snoozer, un samedi matin, lendemain de sushis-martinis-finalement-virés-en-vodka-jus-de-tits-fruits-parce-que-j'avais-oublié-mon-soho.) Mamaaaaaaaaaaaaan? ...Ma tite vache a mal aux pattes, tirons-la, par la queue, elle ira bien mieux, dans un jour ou deux... Mamaaaaaaaaaaaan?????? (La voix monte d'un cran, elle se fait insistante, perceptiblement plus agaçante.) Maaaaaaaaamaaaaaaaaaaaaaan????? C'est où, nulle part, mamaaaaaaaaaaaaan? C'est tu proche de Stoneham? Maaaaaaaaaamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan???????? (La voix, cette fois, me poignarde amoureusement les tympans.)

- Oli, il fait encore noir. Ferme tes yeux, marmonne-je, sans grand espoir.


6h15, Stoneham, dans la chambre d'en haut.

- MAAAAAAMAAAAAAAAAAAN!!!!!!! (La voix, stridente, est paniquée, les petits yeux sont exorbités, le doigt pointe le coin du mur vide.) UNE ARAAAAAIGNÉÉÉÉÉE!!! (Tit-Loup est recroquevillé derrière son oreiller, tapi comme un lapin traqué par un renard argenté.) (Le renard argenté, il les bouffe tu les lapins?) (Pis c'est quoi, au juste, la distinction entre le lièvre et le lapin, je l'ai jamais su!) LÀ!!!! LÀ!!!! MAMAAAAAN!!! L'ARAIGNÉÉÉÉÉÉE!!!

- Ben non, Tit-Loup, tu fais un cauchemar. Il fait encore noir, fais dodo, chuchote-t-elle, encore dans le brouillard du sommeil que son fils lui a fait quitter.

Elle, c'est ma chum. C'est dans son sous-sol que ma marmaille et moi - surtout moi! - tentons de dormir. La journée commence trop tôt, pour elle comme pour moi : pain doré, verres de jus, café, expériences scientifiques visant à transformer un dedans de couche en neige artificielle (j'te jure, lecteur incrédule!) et en fusée une poche de thé vide (oui, oui!), création de cup-cakes mauves avec leur crémage multicolore, diner, ramassage, sieste de la marmaille, départ avorté vers Québec parce que l'entrée pentue - pour ne pas dire le précipice en face de chez elle - est aussi glacée qu'un beigne au miel chez Krispy Kream, retour des bagages dans la chambre du sous-sol, souper, avions en papier, crise d'enfants fatigués, douches, histoire, dodo.

- OUF! soupirons-nous, exténuées, en nous pitchant sur la vaisselle qui traine et les avions en papier qui jonchent le plancher.

Le OUF, c'est lui qui a pris la place dudit OUMF disparu. Mais il importe d'abord, d'emblée, de te définir, lecteur désorienté, ce qu'est ce OUMF que nous cherchons. Le OUMF, c'est la fois où, comme deux folles, nous avons arrêté la voiture sous une pluie diluvienne pour danser dans les trous d'eau et ensuite quémander des sacs de plastique à un gars sur son balcon dans le but de ne pas noyer mes bancs d'auto. Le OUMF, c'est la fois où, à St-Tite-des-Caps, nous avons cogné à la porte d'un fermier pour lui demander si on pouvait emprunter son champ, le temps d'un coucher de soleil. Le OUMF, c'est la fois où l'on a relevé le défi de monter le plus haut possible dans le château Frontenac, sans carte d'accès. C'est aussi la fois où, rendues à Baie Ste-Catherine, nous avons repris le traversier parce que nous avions une soudaine envie de prolonger nos vacances à Tadoussac. Pis la fois où l'on avait tellement hâte à l'été pour faire du camping qu'on avait fini par coucher avec nos sleepings, dans mon char. Dans le stationnement. Avec nos tuques. Le OUMF, c'est le démarreur du moteur. L'énergie qui propulse le corps dans n'importe quelle aventure rocambolesque dont l'esprit se souviendra invariablement.

Mais il est rendu où, ce OUMF, qu'on se demande, effouérées dans le divan, après avoir dépensé le peu d'énergie qu'il nous restait dans l'essuyage des verres? Il nous semble ne pas l'avoir vu depuis un bon boute. Est-il mort? Ou a-t-il simplement vieilli un peu? Il est plus occupé, ça c'est certain. Il a moins de temps. Il manque de sommeil aussi. Il a un agenda chargé, il court partout! Il a des nez à hydrasenser, maintenant. Il a des cours de gym le samedi matin. Il se lève la nuit pour réconforter. Pis il a des bobos à béquer, des cris à calmer, des pistes de courses à monter, des princesses à sauver, des pirates à attaquer, des trésors à dénicher, des courses d'auto à remporter, des pouliches à peigner... Et c'est là que le OUF fait son entrée, sournoisement. Et le OUF nous essouffle. Et le OUF nous pantoufle. Et parfois même, le OUF nous étouffe. Pourtant, avachies dans le salon de Stoneham, le quatre pattes cloutées pogné en haut de la pente de la montagne qui sert d'entrée de maison, nous nous acharnons à croire en la réincarnation du OUMF, ma chum et moi. Parce qu'au fond, quand on regarde ça d'un oeil objectif, c'est juste le M qui a foutu le camp pour laisser la place à OUF. C'est dire qu'il n'est pas si loin, qu'il peut revenir. S'agit simplement de trouver le M... M comme marmaille. M comme matante aussi un peu. M comme mère surtout. M, juste un peu trop occupé à construire des fusées en poche de thé devant huit pupilles ébahies et à plier des avions en papier. À s'occuper des autres petits nombrils de nos vies. Des petits nombrils qui nous prennent tout notre OUMF parce qu'ils en ont tellement, eux!

On s'en ennuie, incrustées dans les coussins du sofa, de notre OUMF. Mais le OUF n'est pas si pire que ça non plus. Il est, comment dire, un peu moins égocentrique que le OUMF. Sans contredit un peu plus prenant, un peu plus organisé. Pour ne pas dire parfois astreignant. Mais tout autant spontané, divertissant, hilarant, valorisant, déstabilisant. Pis tsé, honnêtement, même en luttant contre le sommeil avec notre doudou dans le divan de Stoneham tout en regardant le verglas verglacer, on ne l'échangerait pour rien au monde, notre OUF. Tant qu'il travaille pour une bonne cause.

Bref, OUMF, prends ton temps. On te prendra quand tu reviendras. Pour l'instant, on va se contenter d'une dose de OUM pour se calmer et profiter de ce OUF qui, lui, ne reviendra pas.

(Merci, ma chum, pour cette soirée d'écriture si... essOUFflante! )



jeudi 2 janvier 2014

Le hockey



Dimanche prochain, on va à Montréal, voir les Canadiens pratiquer. Mon fils en parle constamment. Il va mettre son chandail des Canadiens avec "Higgins" écrit dans le dos, en hommage à mon nom de famille et à un certain Chris qui joue maintenant pour Vancouver. Ça m'a fait pensé à ce texte, que j'ai écrit l'an passé:
 
Il n’a pas encore 3 ans, mais maudit, il aime le hockey, mon gars. Il regarde le hockey avec son père, à la tivi, plus longtemps que n’importe quoi d’autre. Il joue au hockey tous les jours dans la maison, et je dois toujours jouer avec lui, et il ne veut jamais faire le gardien de but : lui, il veut SCORER les buts. Et quand nous sommes allés en wéyage à Montréal, il n’a pas voulu quitter son chandail des Canadiens pendant deux jours. Pis, je le vois faire, il imite les positions de joueurs de hockey en se regardant dans le miroir de l’entrée avec son bâton dans les mains. Ah et pis, quand il voit quelqu’un avec le chandail des Canadiens, il ne manque pas de le lui faire remarquer, avec un brin d’admiration dans la pupille et un sourire de connivence du genre « on-prend-pour-la-même-équipe-man ». Et, évidemment, inévitablement, il crie : « Et le buuuuuuuut!!! » quand il réussit à déjouer le gardien, en l’occurrence moi à genoux avec le tit bâton dans les mains. Mon gars, il aime le hockey.

Tantôt, j’ai amené mon gars voir son père jouer au hockey. On n’y va jamais, normalement, parce que les parties sont toujours tard. Mais là, on a bravé la tempête pour aller à l’aréna après le souper. Et Olivier avait mis son chandail des Canadiens pour aller voir son père jouer avec les Black Hawks, mais il n’y voyait aucune incohérence. Et il les regardait, les joueurs, sur la glace, quand on est arrivés. Il ne lâchait pas des yeux non plus la zamboni juste avant que les Black Hawks et Hossa, son père, le numéro 81, fassent leur entrée sur la patinoire. Et quand les gars sont arrivés sur la glace pour le warm up – qui n’a duré que 19 secondes, déception… moi, regarder des gars en équipement de hockey faire des similis grand-écarts sur le bord d’la bande, j’ai toujours trouvé c’tait le meilleur boute! – mon fils a vécu une grande émotion. Il a vu son père monter sur la glace et c’était comme si c’était le vrai Hossa, son père. Lui, dans sa tête, il était au Centre Bell même si on n’était pas loin d’être seuls dans les estrades! Il a solennellement crié, de sa voix de soprano : « Vas-y, papa! », alors que la partie n’était même pas commencée, avec les joues rougies par les petites larmes piquantes qui lui sont montées aux yeux. Mon gars était FIER. Fier et ému. Et il a regardé toute la partie, assis sur moi, à écouter mes explications. 

Mon gars, il aime le hockey… surtout quand c’est son père qui joue.