Attablées, nous jasons. Comme les filles que nous sommes. Nos mots passent du plat qu'il y a devant nous à l'année scolaire qui vient de s'éteindre, du nom des amis de l'année scolaire déjà derrière les deux gamines aux joues pleines de soleil aux projets de vacances des deux enseignantes qui viennent de boire leur dernier verre avec leurs collègues. Nos mots sont légers, estivaux.
Tout à coup, alors que je ne m'y attendais pas, sans crier gare, comme un cheveu sur la soupe, au moment où je n'aurais jamais cru la chose possible, soudainement, de façon impromptue, ma fille, fraichement sortie de la maternelle, ma fille, celle-là même à qui je tresse les cheveux chaque matin, ma fille, dis-je, m'annonce qu'elle a... un amoureux!
Glup.
Il a même un nom. Il n'est pas fictif. Elle l'avait invité, à sa fête. Il faisait rire tout le monde. Elle dit qu'elle l'aime bien parce qu'il la fait rire. Mais qu'il n'écoute pas toujours le prof à l'école.
Re-glup.
Elle avoue ne pas penser pouvoir passer toute sa vie avec lui. Parce qu'il lui en reste long à vivre. Elle m'assure lui avoir confié qu'elle l'aime bien. Mais refuse de me répéter les mots qu'elle lui a dits.
Re-re-glup.
J'ai ti manqué un boute moi? Hier, elle apprenait à lire. En sommes-nous déjà à l'inscrire à l'université? Faut ti j'aille mégasiner les condoms moi là?!?
- Ah ben viarge! Ma fille qui a un chum!
- Ben là, quoi? Toi aussi t'en as un, chum! qu'elle réplique!
RE-RE-RE-GLUP!!!! (Et fuite précipitée vers la salle de bain pour essuyer la grosse goutte de l'œuf bénédictine qui a dégouliné sur le flamand rose de ma camisole pendant que j'avais la bouche grande ouverte de béatitude!)
Alors voilà. J'y suis. Je rédige mes conseils de mère à sa fille qui vient de se faire un chum.
1- Continue ta vie. Pendant les six longues premières années de ta vie (glup!), il n'était pas là, et tu étais heureuse, tu te souviens? Intègre-le dans ta vie, mais ne la change pas complètement. S'il prend toute la place, son absence créera un vide si grand qu'il sera difficile à combler.
2- Ne fais pas semblant. Tu es si belle. Je ne parle pas ici de tes grands yeux noisette ou de tes cheveux de sirène. Nenon. C'est de toi dont je parle. De ce que tu ES. De ta bonne humeur, de ta curiosité, de ton énergie, de ton calme, de ta générosité, de ton espièglerie. Ne fais pas semblant d'être ce que tu n'es pas ; tu n'en as pas besoin. Il y en aura toujours, des filles plus, des filles moins. Des filles qui sont ce que tu n'es pas. Et tu ne deviendras pas comme elles, parce que c'est toi que tu es. Et tu es belle comme ça.
3- Parle. Avec tes amies. Avec ta mère, surtout. Ton père, aussi. Tes grand-mères, ta marraine, tes grands-pères... (mais bon, honnêtement, oublie ton parrain. Lui, il pourrait être de mauvais conseil en amour...) (Pis le savais-tu, toi, qu'on écrit "grand" au singulier devant "mères" et au pluriel devant "pères"? Explication.) Bref, quand tu te poses des questions, parle. C'est mauvais de rester dans ton coin à ruminer. Pis ce qu'on garde en dedans finit par pourrir et par puer. Toi seule prendras tes décisions, mais parle. Et écoute.
4- Tu n'es la mère de personne encore. (Dis-moi que je n'ai pas manqué un si long boute!?) Choisis un gars solide. Auquel tu n'auras pas à dire de faire son lit. Qui se lave les oreilles. Qui ouvre les portes, c'est cute. Qui tue les guêpes. Qui sent bon. Qui se coupe les ongles et se brosse les dents. Pis, bon, présentement, je me contenterais d'un gars qui ne fait plus pipi dans ses culottes, mais bah... Vois à ce qu'il ait atteint un niveau de maturité acceptable versus son âge, mettons. J'imagine que de te parler de paiements d'appart, de carte de crédit, de lavage, de compte de cellulaire, ou juste de cellulaire serait complètement superflu. On en reparlera.
5- Ne t'empêche jamais de péter ou de roter. Mais rigole ensuite.
6- Ris. Si tu ne ris plus, pars.
7- La jalousie, ça tue. Fais confiance. Mais s'il aime trop les autres filles, c'est qu'il ne t'aime pas assez. Pars.
8- Aime-toi. Avant de l'aimer, aime-toi. C'est plus facile d'aimer quelqu'un qui s'aime. Et si un jour il ne t'aime plus (je sais, ce n'est même pas envisageable! Mais envisageons donc l'inenvisageable! Just in case...), il y aura toujours ben au moins toi qui t'aimeras. Pis moi. Tsé ben!
9- Pis tsé, je t'en ai déjà parlé : aimer, c'est parfois douloureux, mais jamais autant qu'haïr. Faque aime donc, ma fille, aime en masse.
vendredi 27 juin 2014
mardi 10 juin 2014
Fin de la parenthèse
Je les regarde, une dernière fois, tous assis, concentrés, affairés. Ils sont beaux, dans leur petit corps de grand. Je les regarde travailler, faire fonctionner leurs neurones, bûcher, se questionner, surligner. Les cerveaux bouillonnent dans ces petits adultes occupés. Ils ont grandi, en une année. Beaucoup. C'était inévitable, je savais qu'ils le feraient, sans toutefois me douter de la hauteur qu'ils atteindraient. C'était inévitable, je savais que je les aimerais, sans toutefois me douter à quel point je m'y attacherais.
Je les regarde travailler. Et je reviens dans le passé. Un passé pas si loin, pas si passé.
Certains sont entrés dans ma classe avec, sous le bras, entre leur cahier de grammaire et les feuilles lignées, le désir de me déplaire, la volonté de m'offusquer. Ils sont comme ça, parfois, ils se cachent derrière l'agressivité, leur bouclier. On dirait pas, à les regarder lire et annoter, qu'ils ont tant voulu s'opposer. Je peux le dire sans me tromper : ils ont laissé tomber les armes. Leur lance traine par terre, vestige inutile d'une guerre que je n'ai pas menée. Ceux-là, je les garderais pour une autre année, à les trouver si beaux, désarmés. Ceux-là, j'espère qu'à la prochaine guerre, ils laisseront leur cote de maille dans leur casier.
D'autres, dès le départ, étaient plus discrets, plus secrets, plus renfermés. Et même si leurs mots se font plus rares, j'ai parfois vu leurs yeux, exaspérés ou intéressés. J'ai entendu leurs soupirs, excédés ou découragés. J'ai aussi vu leurs sourires m'encourager. Leurs fossettes se creuser. Et j'espère qu'ils savent qu'au-delà des silences, on peut les écouter. J'espère qu'ils savent que leur force tranquille fut appréciée. J'espère qu'ils ne douteront jamais de cette beauté qu'il y a, dans leur timidité. Ceux-là, je leur dirais de foncer, de prendre leur place, de continuer. Ceux-là, je sais que la prochaine guerre, ils vont la gagner.
Je les regarde, une dernière fois, crayonner, biffer, s'impatienter. Dans quelques jours, la parenthèse va se fermer. Eux et moi, on va se déshabituer. Je les regarderai toujours un peu, de loin, pour m'assurer qu'ils n'ont pas les ailes déplumées. Et, un sourire en coin, parce que je les aurai si souvent observés, je me souviendrai : ils étaient si petits, mes guerriers.
jeudi 29 mai 2014
L'humain domestique
Ne t'en déplaise, lecteur choqué, on est des animaux. J'ose à peine prononcer du bout du clavier le mot "instinct". On m'en avait parlé avant que j'accouche d'une petite fille inconfortable qui avait la larme facile. J'y avais cru, à cet instinct. J'avais cru que je saurais quoi faire, que je n'aurais qu'à le suivre. Ben après 8 mois de réveils aux 45 minutes, je ne savais plus grand-chose. La seule chose que je savais, c'était que je ne savais rien pantoute. Faque l'instinct, tsé.
Non. Je n'ose pas parler d'instinct. Puisque dans l'instinct, il y a quelque chose d'irréfléchi. Non, nous, on réfléchit. Bon, toi, je ne sais pas, mais moi, oui. Trop. Même que des fois, je réfléchis à comment je réfléchis. Le pire, c'est de réfléchir à comment moins réfléchir. Parce que moins réfléchir beaucoup, c'est plus réfléchir moins, et ça, ce n'est pas facile pour moi. Et mes pensées courent plus vite que moi, c'est pas difficile, alors je dois les laisser aller de temps en temps, pour les épuiser.
Donc, je disais, lecteur déboussolé, que l'instinct est mort. Ou presque. Peut-être en reste-t-il un peu, mais je nous compare plutôt à un animal domestique : notre instinct a été humanifié. Nos sens se sont désaiguisés, on se protège la reproduction, on a épicerifié la chasse, poissonnerifié la pêche, on a maquillé la parade nuptiale, pis on l'a fait bronzer, pis on lui a rajouté des faux-cils, pis des beaux ongles, pis des muscles sur mesure. Pourtant, même si certains ne savent même plus allumer un feu (je ne parle pas ici d'essayer de faire un feu avec du bois gelé au mois d'avril pis de mettre le bac de recyclage au complet dedans en espérant qu'il pogne pour finir avec un show de boucane parce que la glace, ça brûle pas!), parfois, reste que notre cerveau reptilien a encore un certain pouvoir sur nous.
Prends la notion de territoire, lecteur-qui-se-demande-encore-si-j'ai-vraiment-fait-un-feu-avec-du-bois-gelé. Tu me diras qu'on ne le délimite plus en pissant tout autour. Je te répondrai, pour te réconforter, que moi, non, j'te jure. Mais que des affaires bizarres, il y en a plus qu'on pense, si je me fie au gars qui sort avec des poupées gonflables pis à la fille qui mange les cendres de son mari mort à Canal Vie. Mais je sais, en général, on ne pisse plus partout.
Cependant! La notion de territoire n'est pas perdue pour autant. On a d'abord un territoire physique, qu'on barre chaque matin, qu'on clôture, qu'on code d'accèssifise pis qu'on système d'alarmise. Mais au-delà de ce territoire physique, il y en a un autre, plus subtil, qu'on défend : notre territoire humain.
Bon, là, je t'entends partir en peur, lecteur insurgé, avec ton ton catastrophé : "Personne n'appartient à personne! On n'a pas de possession humaine, chacun est libre! La possessivité, c'est mal. Pis la jalousie aussi. Pis la drogue! Pis la guerre! Pis... " Wô! Du calme, lecteur emporté. Si personne ne nous appartient, faudrait penser enlever les déterminants possessifs devant les mots "chum", "blonde", "ami(e)", "amant". Il y a, du moins langagièrement parlant, une notion de possession dans chaque relation. Aussi insignifiante soit-elle : mon garagiste, mon vendeur d'assurances, mon boucher... mon poisson rouge.
Faque. Ma théorie, c'est qu'à partir du moment où il y a possession, qu'elle soit réelle ou qu'on ne la retrouve que dans le déterminant, il y a défense du territoire. Territoire qu'il faudra apprendre à défendre avec la bonne intensité.
C'est vrai! Si tu fréquentes un gars depuis deux semaines, il vaudrait mieux éviter de laisser volontairement tes bobettes dans le salon, tes bas sales à côté du lit pis ta brosse-à-dent à côté de l'évier. Ça pourrait lui faire un peu peur.
Si, quand tu chasses ton steak à l'épicerie, tu caresses subtilement le bras du chasseur musclé qui reluque le veau haché, il se peut qu'il te regarde de travers. Pis si sa blonde est à côté, en train de tendre un piège au canard, tu vas mieux savoir ce que je veux dire par notion de territoire. Vaut mieux lâcher les beaux muscles sur mesure que tu tâtonnais et maudire ton camp.
Dans l'univers masculin, la protection du territoire est peu subtile. J'imagine que le fait de jadis uriner à qui mieux mieux les a habitués à un comportement plutôt direct. Le gars qui fait son territoire le fait physiquement. Il se rapproche de sa possession, la ramasse par les épaules, lui sacre un french pis, au besoin, décoche un uppercut à celui qui tente de forcer la note. Ceci dit, certains ont l'uppercut facile, d'autres sont plus pacifiques.
Dans l'univers vénusien, toutefois, la game est plus compliquée. Il ne s'agit pas, chez la dame, de démontrer que l'on possède physiquement une personne, puisque cette possession est assez simple en soi. Non. Évidemment, on se tarabiscote ça, la protection de territoire. Chez la femme, pour créer le même effet que l'urine chez l'animal ou l'uppercut chez l'homme, il faut démontrer qu'il y a une INTIMITÉ entre soi et l'autre. Et crois-moi, cette intimité peut être de tout ordre : amicale, sexuelle ou amoureuse.
Tu ne vois pas de quoi je parle, lecteur incertain? Voilà quelques exemples dans lesquels tu sauras bien nous reconnaître. Les "insides" racontées l'une après l'autre devant celle qui voudrait mettre le pied (ou la main...) sur ledit territoire. Les trop nombreuses références à des anecdotes passées, à des moments communs, à des fous rires pu arrêtables. Les gorges invariablement et exagérément déployées. L'attention centrée sur la personne convoitée et l'ignorance intentionnelle et exagérée de celle qui tenterait inopinément de s'incruster. Observe la gente féminine, lecteur incertain. Tu verras dans les yeux un peu de dédain. Tu reconnaitras parfois la moue hypocrite d'une tigresse prête à passer à l'attaque.
Ce n'est pas que je nous hais, les filles. Mais des fois, je nous trouve sournoises. Et ça me désole. J'envie l'uppercut masculin. J'envie sa simplicité, son manque de subtilité et de raffinement. Pourtant, ces séances territoriales qu'on m'impose parfois m'amusent plus qu'elles ne me déplaisent. Je les épie avec le sourire. Et je tente de me convaincre que les filles ne sont pas compliquées. Et j'échoue. Et je tente de m'expliquer cette torture toute féminine. Et j'échoue.
Alors, je nous excuse, les gars. Je suis désolée. J'aimerais vous dire qu'on va changer, qu'on va se directifier. Mais j'en doute. Il va falloir t'y faire, lecteur découragé et lectrice compliquée, l'instinct est mort, mais nous ne sommes pas totalement domestiqués.
Non. Je n'ose pas parler d'instinct. Puisque dans l'instinct, il y a quelque chose d'irréfléchi. Non, nous, on réfléchit. Bon, toi, je ne sais pas, mais moi, oui. Trop. Même que des fois, je réfléchis à comment je réfléchis. Le pire, c'est de réfléchir à comment moins réfléchir. Parce que moins réfléchir beaucoup, c'est plus réfléchir moins, et ça, ce n'est pas facile pour moi. Et mes pensées courent plus vite que moi, c'est pas difficile, alors je dois les laisser aller de temps en temps, pour les épuiser.
Donc, je disais, lecteur déboussolé, que l'instinct est mort. Ou presque. Peut-être en reste-t-il un peu, mais je nous compare plutôt à un animal domestique : notre instinct a été humanifié. Nos sens se sont désaiguisés, on se protège la reproduction, on a épicerifié la chasse, poissonnerifié la pêche, on a maquillé la parade nuptiale, pis on l'a fait bronzer, pis on lui a rajouté des faux-cils, pis des beaux ongles, pis des muscles sur mesure. Pourtant, même si certains ne savent même plus allumer un feu (je ne parle pas ici d'essayer de faire un feu avec du bois gelé au mois d'avril pis de mettre le bac de recyclage au complet dedans en espérant qu'il pogne pour finir avec un show de boucane parce que la glace, ça brûle pas!), parfois, reste que notre cerveau reptilien a encore un certain pouvoir sur nous.
Prends la notion de territoire, lecteur-qui-se-demande-encore-si-j'ai-vraiment-fait-un-feu-avec-du-bois-gelé. Tu me diras qu'on ne le délimite plus en pissant tout autour. Je te répondrai, pour te réconforter, que moi, non, j'te jure. Mais que des affaires bizarres, il y en a plus qu'on pense, si je me fie au gars qui sort avec des poupées gonflables pis à la fille qui mange les cendres de son mari mort à Canal Vie. Mais je sais, en général, on ne pisse plus partout.
Cependant! La notion de territoire n'est pas perdue pour autant. On a d'abord un territoire physique, qu'on barre chaque matin, qu'on clôture, qu'on code d'accèssifise pis qu'on système d'alarmise. Mais au-delà de ce territoire physique, il y en a un autre, plus subtil, qu'on défend : notre territoire humain.
Bon, là, je t'entends partir en peur, lecteur insurgé, avec ton ton catastrophé : "Personne n'appartient à personne! On n'a pas de possession humaine, chacun est libre! La possessivité, c'est mal. Pis la jalousie aussi. Pis la drogue! Pis la guerre! Pis... " Wô! Du calme, lecteur emporté. Si personne ne nous appartient, faudrait penser enlever les déterminants possessifs devant les mots "chum", "blonde", "ami(e)", "amant". Il y a, du moins langagièrement parlant, une notion de possession dans chaque relation. Aussi insignifiante soit-elle : mon garagiste, mon vendeur d'assurances, mon boucher... mon poisson rouge.
Faque. Ma théorie, c'est qu'à partir du moment où il y a possession, qu'elle soit réelle ou qu'on ne la retrouve que dans le déterminant, il y a défense du territoire. Territoire qu'il faudra apprendre à défendre avec la bonne intensité.
C'est vrai! Si tu fréquentes un gars depuis deux semaines, il vaudrait mieux éviter de laisser volontairement tes bobettes dans le salon, tes bas sales à côté du lit pis ta brosse-à-dent à côté de l'évier. Ça pourrait lui faire un peu peur.
Si, quand tu chasses ton steak à l'épicerie, tu caresses subtilement le bras du chasseur musclé qui reluque le veau haché, il se peut qu'il te regarde de travers. Pis si sa blonde est à côté, en train de tendre un piège au canard, tu vas mieux savoir ce que je veux dire par notion de territoire. Vaut mieux lâcher les beaux muscles sur mesure que tu tâtonnais et maudire ton camp.
Dans l'univers masculin, la protection du territoire est peu subtile. J'imagine que le fait de jadis uriner à qui mieux mieux les a habitués à un comportement plutôt direct. Le gars qui fait son territoire le fait physiquement. Il se rapproche de sa possession, la ramasse par les épaules, lui sacre un french pis, au besoin, décoche un uppercut à celui qui tente de forcer la note. Ceci dit, certains ont l'uppercut facile, d'autres sont plus pacifiques.
Dans l'univers vénusien, toutefois, la game est plus compliquée. Il ne s'agit pas, chez la dame, de démontrer que l'on possède physiquement une personne, puisque cette possession est assez simple en soi. Non. Évidemment, on se tarabiscote ça, la protection de territoire. Chez la femme, pour créer le même effet que l'urine chez l'animal ou l'uppercut chez l'homme, il faut démontrer qu'il y a une INTIMITÉ entre soi et l'autre. Et crois-moi, cette intimité peut être de tout ordre : amicale, sexuelle ou amoureuse.
Tu ne vois pas de quoi je parle, lecteur incertain? Voilà quelques exemples dans lesquels tu sauras bien nous reconnaître. Les "insides" racontées l'une après l'autre devant celle qui voudrait mettre le pied (ou la main...) sur ledit territoire. Les trop nombreuses références à des anecdotes passées, à des moments communs, à des fous rires pu arrêtables. Les gorges invariablement et exagérément déployées. L'attention centrée sur la personne convoitée et l'ignorance intentionnelle et exagérée de celle qui tenterait inopinément de s'incruster. Observe la gente féminine, lecteur incertain. Tu verras dans les yeux un peu de dédain. Tu reconnaitras parfois la moue hypocrite d'une tigresse prête à passer à l'attaque.
Ce n'est pas que je nous hais, les filles. Mais des fois, je nous trouve sournoises. Et ça me désole. J'envie l'uppercut masculin. J'envie sa simplicité, son manque de subtilité et de raffinement. Pourtant, ces séances territoriales qu'on m'impose parfois m'amusent plus qu'elles ne me déplaisent. Je les épie avec le sourire. Et je tente de me convaincre que les filles ne sont pas compliquées. Et j'échoue. Et je tente de m'expliquer cette torture toute féminine. Et j'échoue.
Alors, je nous excuse, les gars. Je suis désolée. J'aimerais vous dire qu'on va changer, qu'on va se directifier. Mais j'en doute. Il va falloir t'y faire, lecteur découragé et lectrice compliquée, l'instinct est mort, mais nous ne sommes pas totalement domestiqués.
mardi 20 mai 2014
Fucking Four
Quatre ans. Le temps d'une respiration. Ou une éternité, selon les perceptions.
Quatre ans, déjà (j'parle comme les vieilles, je sais...), qu'il est né, mon fils. Quatre ans, déjà, qu'une petite boule de vie m'a appris qu'il y a plus de place que je croyais dans la mienne. Parce que pour en prendre, de la place, il en prend. Pas question que sa place ne prenne pas assez de place.
Quatre ans, qu'il a, mon fils, donc. Il devait se calmer le Terrible Two avant d'entamer le Fucking Four, mais il a oublié. Ou bedon je ne l'ai pas remarqué.
Pourtant, avec lui était née une certitude : celle que je l'aimerais. Pour toujours. (Il est rare qu'on puisse employer ce mot-là, toujours. Il est trop gros, généralement. Trop puissant. Trop fort. Tellement qu'on en a peur!) Donc, pérorais-je, je savais que je l'aimerais, ce nouvel humain.
Maaaaaais (parce qu'il y en a un!), je ne connaissais pas les obstacles qui allaient se dresser devant cet amour de mère encore frais, galopant sous le soleil de mai à travers les pissenlits.
Je ne savais pas encore qu'un jour, il beurrerait son lit avec son caca avant de me rire dans la face quand j'irais le chicaner.
Je ne me doutais pas qu'avant même de mesurer un mètre, il cracherait par terre en me regardant dans les yeux, alors que je venais de le sommer de ramasser la bave visqueuse qu'il avait déjà projetée sur le sol quelques secondes plus tôt.
Je n'avais aucune idée qu'il passerait les longues heures de nos premiers voyages en Gaspésie, à Tadoussac et à Gougounequit à hurler dans la voiture, épuisant ainsi les minuscules réserves de patience que j'avais mises de côté pour la route et réduisant à néant l'effet des Advil sur ma migraine fulgurante.
Je ne pensais pas qu'un jour, il puisse patiner à la grandeur du salon avec deux DVD loués sous les pieds.
Je ne croyais pas un jour avoir à m'obstiner quotidiennement pour le design des bas, les coutures de bobettes, des étiquettes de pantalons, le sens des chandails, la force du push-push de la crème solaire, le goût de la pâte à dent, la couleur des verres, la longueur des fourchettes, le roulage des manches, la forme du découpage des toasts, la longueur de la boucle du soulier, la technique d'épandage de la doudou sur l'oreiller, le nombre de becs, la quantité de tites autos dans le lit, les moments d'aller pisser, de dormir, de manger, de pu manger, de boire, pu boire, jouer, pu jouer, courir, pu courir...
Il m'était impossible d'imaginer le nombre incalculable de "caca" et de "pénis" qui puissent être répétés en une seule journée malgré mes protestations.
Il a besoin de place, mon petit humain. Il a besoin d'une place, parfois n'importe quelle, même si elle n'est pas la meilleure. Et il est tenace, mon garçon. Mais il n'est pas le seul. Je n'en ferai pas un p'tit crisse, crois-moi, lecteur-partiellement-découragé-d'avoir-un-jour-des-kids. Je suis la seule qui puisse l'aimer autant malgré tout. Alors je l'aimerai. De toute ma patience, je l'aimerai. Avec toute ma fermeté, je l'aimerai. Assez pour ne pas le laisser prendre une place de marde, question qu'il puisse voir le show qui passe et qui passe trop vite. De toute ma solidité, je l'aimerai. Je l'aimerai inconditionnellement. Assez pour qu'il finisse lui aussi par s'aimer assez. Et finalement, malgré son entêtement et à cause du mien, ma certitude restera une certitude.
Pour toujours.
...Pis quand il aura oublié de prendre un break entre le Fucking Four et l'adolescence, je t'écrirai un autre texte, lecteur loyal.
mercredi 7 mai 2014
Le jour de la marmotte
C'est pas vraiment que j'veux m'plaindre, c'est pas que j'aime pas ma vie, c'est pas que j'en suis au point de me balancer en position fœtale au beau milieu d'Henri IV, mais j'ai un peu envie de me répandre. Je t'explique, lecteur empathique. Être prof de secondaire deux et mère de deux gamins, c'est comme travailler sur la construction et se bâtir une maison en même temps. Ça manque de diversité. Il y a là comme une légère redondance dans ta journée. Tu fais exactement la même affaire du lever, pratiquement jusqu'au coucher. Ta job, elle ressemble trop à tes soirées. Ben non, lecteur désappointé, je n'enseigne pas le schéma narratif à mes enfants!!! T'es drôle! Nenon, je t'illustre plutôt que de t'expliquer.
7h00
- Mamaaaaan? Oli m'a donné un coup de livre sur la tête!
- Non, c'est pas moi, c'est elle qui m'a fouetté avec sa doudoooooou!
- Oli, habille-toi!
- Mamaaaaaaan, Oli s'habille pas!
- Ouiiiiii, j'm'habiiiiiille! (Avant de passer, flambant nu, devant la porte de la salle de bains.)
- Mamaaaaan!!! J'trouve plus mon livre de la bibliothèèèèèèque!
- Moi j'ai perdu ma tite autoooooo...
- Charlotte, peigne tes cheveux, je m'occupe de ton livre! Oli, habille, sinon tu resteras tout seul en haut quand je descendrai!
- Je sais pu sont où, mes pantalons...
- Mamaaaaaaaan? Oli s'habille paaaaas!
- Charlotte, c'est pas toi la mère.
- Je sais!!!
- Ben laisse-moi gérer ton frère.
- JE SAAAAIS!!! (Le ton adolesce tant qu'il le peut, les yeux roulent caricaturalement vers le haut et le soupir poussé ensuite laisse croire qu'elle a une cinquantaine de bougies à souffler sur son gâteau de fête, sauf qu'y a pas de gâteau, lecteur gourmand.)
- Ben si tu sais, descends pis arrête de jouer à la mère supérieure.
- Aaaaaaaah!!!
(Exaspération naissante et retour à ma recherche infructueuse du viarge de livre de la viarge de bibliothèque.)
- Oli, as-tu fini de t'habiller?
- ...
(Recherche intensive sous le lit, sous les draps, à travers le linge, fouille craquale du divan (bon, je sais, un livre dans les craques du divan, c'est impossible, mais c'est un réflexe de chercher là!), fouille du congélo (tsé, quand t'es désespérée!).)
- Oliiiiii, es-tu habillé, là???
- ...
- Oli?
(Curiosité naissante... Déplacement subit de mon intérêt du livre vers le silence louche qui envahit l'étage...)
- Ah, voilà... il était là, le livre... (m'exclame-je, en attrapant le fugueur, bouche-bée soudainement devant la vision de mon fils, pénis en liberté, qui a tout de même enfilé son chandail à l'envers sur ses jambes après avoir délicatement renversé tout le contenu de l'humidificateur sur le plancher flottant (c'est maintenant tellement le cas de l'dire!) de sa chambre!)
- Pis t'es même pas habillé...
- Ouiiiii, j'suis habillé...
8h51, entrée des élèves dans ma classe.
- Madaaaaaaaaaaaame! Il a pris mon étuiiiii! (Ton geignard, beaucoup trop pour le physique imposant de celui qui se plaint.)
- Ben là, Madame, c'est lui qui m'a volé mon livre en premier!
- Redonnez-vous donc les deux vos affaires, me semble que c'pas difficile à régler. En avez-vous d'autres, des faciles de même?
- Ouin, redonne-lui donc, vous êtes ben tannants!
(Bousculade à travers les bureaux pour rapatrier leurs objets respectifs.)
- Les gars, lâchez-vous, sinon j'vous sors avant même que le cours commence.
- Madaaaaaaaame? J'ai perdu mon document sur les participes passés!
- Attends un peu, je t'en trouve un autre. Les gars, assoyez-vous à votre place, vous avez trop d'énergie, j'suis en sevrage de café, moi!
- Madame, c'est pas moi, c'est lui qui veut pas me redonner mon étui.
- Les gars, faut ti j'vous envoie dans vos chambres, là?
- Ah, redonne-lui donc, vous êtes ben bébés!
- Aye, Chose Bine, c'tu toi, l'prof?
(Rires gras, étui qui atterrit bruyamment sur le bureau. Document des participes passés introuvable, recherche intensive et infructueuse sous mon cahier, sur mon charriot, à côté de l'ordi, derrière le tout nouveau et flamboyant tableau interactif (sait-on jamais!), sous le bureau.)
8h55, début des cours, dernière cloche.
- Madaaaaaaaaaame? J'peux-tu aller boire?
- Heu, non, tu viens juste d'entrer dans la classe, c'est pas pour ressortir!
- Ben là, pourquoi?
- Fais "rewind" pis "play", ok?
- Madaaaaame? L'avez-vous mon document sur les participes passés, je l'ai vraiment perdu!
- Ben là, Madame, c'est pas bon de se retenir longtemps!
- Tu viens pas de me demander d'aller "boire", toi?
- Heu... ben... oui, mais... tsé, genre... se retenir d'aller boire là!
- Bon, lâche prise, là, j't'ai répondu. Si tu sors, tu ne rentres plus.
- BEN LÀ!!! (Le ton adolesce, tu le sais, lecteur perspicace! Et les yeux s'insurgent!)
- Ben oui, c'est ça, c'est d'même!
- Pffffff! (Le soupir est tellement puissant qu'il aurait éteint à lui seul les gâteaux de jumelles centenaires!)
(Exaspération grandissante... Pourtant, en prenant mes absences, je continue tout de même à fouiner dans mon cartable pour le document des participes passés, tout en distribuant les feuilles de révision de l'examen du MELS et ce, en ramassant une copie de pratique d'écriture remise en retard et en tentant de boire une gorgée de café que mon fils m'a empêchée de prendre ce matin à cause du dégât sur son plancher-pu-si-flottant-que-ça que j'ai dû éponger en l'aidant à se rhabiller correctement et en lui expliquant, à travers ses larmes, que non, il serait impossible de laisser son lac là pour qu'il y joue avec ses bateaux ce soir, gorgée de café qui dégoûte inélégamment sur mon bureau et que j'essuie négligemment avec un mémo de la direction que je tiens dans les mains.)
- Voyons! Y'a pas quelqu'un qui a vu passer le document sur les participes passés, je cherche mes copies!!!
(Silence trop rare dans mes journées, mais qui pourtant, n'augure finalement jamais rien de bon...)
- C'est pas ça que vous avez dans les mains depuis tantôt... le truc plein de café là?
- ...
Je t'épargne le reste de ma journée. Et ma soirée.
7h00
- Mamaaaaan? Oli m'a donné un coup de livre sur la tête!
- Non, c'est pas moi, c'est elle qui m'a fouetté avec sa doudoooooou!
- Oli, habille-toi!
- Mamaaaaaaan, Oli s'habille pas!
- Ouiiiiii, j'm'habiiiiiille! (Avant de passer, flambant nu, devant la porte de la salle de bains.)
- Mamaaaaan!!! J'trouve plus mon livre de la bibliothèèèèèèque!
- Moi j'ai perdu ma tite autoooooo...
- Charlotte, peigne tes cheveux, je m'occupe de ton livre! Oli, habille, sinon tu resteras tout seul en haut quand je descendrai!
- Je sais pu sont où, mes pantalons...
- Mamaaaaaaaan? Oli s'habille paaaaas!
- Charlotte, c'est pas toi la mère.
- Je sais!!!
- Ben laisse-moi gérer ton frère.
- JE SAAAAIS!!! (Le ton adolesce tant qu'il le peut, les yeux roulent caricaturalement vers le haut et le soupir poussé ensuite laisse croire qu'elle a une cinquantaine de bougies à souffler sur son gâteau de fête, sauf qu'y a pas de gâteau, lecteur gourmand.)
- Ben si tu sais, descends pis arrête de jouer à la mère supérieure.
- Aaaaaaaah!!!
(Exaspération naissante et retour à ma recherche infructueuse du viarge de livre de la viarge de bibliothèque.)
- Oli, as-tu fini de t'habiller?
- ...
(Recherche intensive sous le lit, sous les draps, à travers le linge, fouille craquale du divan (bon, je sais, un livre dans les craques du divan, c'est impossible, mais c'est un réflexe de chercher là!), fouille du congélo (tsé, quand t'es désespérée!).)
- Oliiiiii, es-tu habillé, là???
- ...
- Oli?
(Curiosité naissante... Déplacement subit de mon intérêt du livre vers le silence louche qui envahit l'étage...)
- Ah, voilà... il était là, le livre... (m'exclame-je, en attrapant le fugueur, bouche-bée soudainement devant la vision de mon fils, pénis en liberté, qui a tout de même enfilé son chandail à l'envers sur ses jambes après avoir délicatement renversé tout le contenu de l'humidificateur sur le plancher flottant (c'est maintenant tellement le cas de l'dire!) de sa chambre!)
- Pis t'es même pas habillé...
- Ouiiiii, j'suis habillé...
8h51, entrée des élèves dans ma classe.
- Madaaaaaaaaaaaame! Il a pris mon étuiiiii! (Ton geignard, beaucoup trop pour le physique imposant de celui qui se plaint.)
- Ben là, Madame, c'est lui qui m'a volé mon livre en premier!
- Redonnez-vous donc les deux vos affaires, me semble que c'pas difficile à régler. En avez-vous d'autres, des faciles de même?
- Ouin, redonne-lui donc, vous êtes ben tannants!
(Bousculade à travers les bureaux pour rapatrier leurs objets respectifs.)
- Les gars, lâchez-vous, sinon j'vous sors avant même que le cours commence.
- Madaaaaaaaame? J'ai perdu mon document sur les participes passés!
- Attends un peu, je t'en trouve un autre. Les gars, assoyez-vous à votre place, vous avez trop d'énergie, j'suis en sevrage de café, moi!
- Madame, c'est pas moi, c'est lui qui veut pas me redonner mon étui.
- Les gars, faut ti j'vous envoie dans vos chambres, là?
- Ah, redonne-lui donc, vous êtes ben bébés!
- Aye, Chose Bine, c'tu toi, l'prof?
(Rires gras, étui qui atterrit bruyamment sur le bureau. Document des participes passés introuvable, recherche intensive et infructueuse sous mon cahier, sur mon charriot, à côté de l'ordi, derrière le tout nouveau et flamboyant tableau interactif (sait-on jamais!), sous le bureau.)
8h55, début des cours, dernière cloche.
- Madaaaaaaaaaame? J'peux-tu aller boire?
- Heu, non, tu viens juste d'entrer dans la classe, c'est pas pour ressortir!
- Ben là, pourquoi?
- Fais "rewind" pis "play", ok?
- Madaaaaame? L'avez-vous mon document sur les participes passés, je l'ai vraiment perdu!
- Ben là, Madame, c'est pas bon de se retenir longtemps!
- Tu viens pas de me demander d'aller "boire", toi?
- Heu... ben... oui, mais... tsé, genre... se retenir d'aller boire là!
- Bon, lâche prise, là, j't'ai répondu. Si tu sors, tu ne rentres plus.
- BEN LÀ!!! (Le ton adolesce, tu le sais, lecteur perspicace! Et les yeux s'insurgent!)
- Ben oui, c'est ça, c'est d'même!
- Pffffff! (Le soupir est tellement puissant qu'il aurait éteint à lui seul les gâteaux de jumelles centenaires!)
(Exaspération grandissante... Pourtant, en prenant mes absences, je continue tout de même à fouiner dans mon cartable pour le document des participes passés, tout en distribuant les feuilles de révision de l'examen du MELS et ce, en ramassant une copie de pratique d'écriture remise en retard et en tentant de boire une gorgée de café que mon fils m'a empêchée de prendre ce matin à cause du dégât sur son plancher-pu-si-flottant-que-ça que j'ai dû éponger en l'aidant à se rhabiller correctement et en lui expliquant, à travers ses larmes, que non, il serait impossible de laisser son lac là pour qu'il y joue avec ses bateaux ce soir, gorgée de café qui dégoûte inélégamment sur mon bureau et que j'essuie négligemment avec un mémo de la direction que je tiens dans les mains.)
- Voyons! Y'a pas quelqu'un qui a vu passer le document sur les participes passés, je cherche mes copies!!!
(Silence trop rare dans mes journées, mais qui pourtant, n'augure finalement jamais rien de bon...)
- C'est pas ça que vous avez dans les mains depuis tantôt... le truc plein de café là?
- ...
Je t'épargne le reste de ma journée. Et ma soirée.
jeudi 24 avril 2014
Qui n'a pas de mémoire doit avoir des jambes
J'ai toujours rêvé de réaliser un record Guinness. Quand j'étais jeune, mon moniteur de terrain de jeux avait réussi le record du plus grand nombre de push-up en une minute : puissant, viril, spectaculaire. Tout pour faire frétiller les ovaires encore naïfs des gamines et grimper en flèche la testostérone novice des petits hommes.
Cependant, mises à part quelques habiletés ridicules, je ne savais rien faire qui puisse mériter d'entrer dans les records.
Je sais bouger mes narines et mes oreilles. Je sais lever un sourcil indépendamment de l'autre, et même faire avec eux la vague si je suis vraiment en forme. (D'ailleurs - parenthèse - la dextérité du sourcil permet une grande flexibilité sur le plan de la démonstration des émotions telles que l'incrédulité - un seul sourcil levé accompagné d'un mouvement de tête du même côté - ou la réflexion - un sourcil à la fois est tiré vers le haut en alternance avec l'autre, accompagné cette fois d'un son grave (habituellement heeeeeu ou mmmmmm) et parfois même d'un mouvement de bouche qui se tord à la recherche d'une réponse satisfaisante. (Si mon voisin est présentement en train de m'espionner, il doit se demander si je pratique un genre de cross-fit du visage...) Fin de la parenthèse.) Je sais tenir en équilibre sur mes bras, les deux genoux accotées sur un de mes coudes, les jambes parallèles au sol. (Z'êtes pas en train d'essayer là? Voilà ce dont je parle, pour les visuels.) Je suis capable, et je sais, je suis dégueu, de virer mon annulaire à l'envers jusque sur le dessus de ma main. (Cette fois, je n'ai pas trouvé de photo, lecteur dégoûté.) Je fais aussi quelque chose de bizarre avec mon coude qui fait invariablement crier tous mes élèves quand je leur montre. Mais à part épater la galerie, mes habiletés sont totalement inutiles.
Le pire, ce sont mes habiletés mentales.
Certains retiennent les numéros. Pratique. Moi, je retiens les paroles de tounes : pars-en une, je la continue. Fais attention aux mots que tu emploies, s'ils ressemblent à ceux d'une chanson, je la chante. Je retiens des slogans. Des vers. Des répliques entières de films. Bref, des mots. PAS pratique.
D'ailleurs, dans mon cerveau, les mots qui prennent inutilement beaucoup trop de place, ce sont les proverbes. Ils entrent, se faufilent et trouvent dans mes neurones un endroit propice à leur installation permanente. Ils se creusent un solage, construisent des bloc-appartements et forment un guetto parce que, c'est bien connu, qui se ressemble s'assemble. Et ils tentent inopinément de s'introduire dans mes conversations. Je les fais taire parce que celui qui sort toujours un proverbe a terriblement l'air pédant et que parfois, aux yeux du sot, la parole du sage semble une sottise. Mais vous devriez les voir me traverser le cerveau tels des éléphants hyperactifs dansant entortillés dans le kit de lumières de Noël. Ils sont beaux, ils ont encore l'innocence de croire qu'ils sont à la mode, qu'on cherche le meilleur d'entre eux à la fin d'un texte en guise d'ouverture dans une conclusion. Et parce que la naïveté est l'opium des êtres blasés et que je reste persuadée qu'il n'y a qu'un malheur, celui d'être cynique, je leur laisse croire qu'on leur accorde l'importance qu'ils méritent.
Et je tente de construire les miens, des proverbes avec mes propres verbes. Parce que je suis autonome de la réflexion. Parce que la pensée est l'exercice de l'intelligence, comme un bench press du cerveau. Parce que j'aime les acrobaties des mots. De la pensée. Leur flexibilité.Un genre de yoga des idées. Et ces beaux mots tournent inlassablement dans ma tête, faute d'en sortir, et m'empêchent de dormir. Et c'est en noir que je vois la nuit puisque dans l'insomnie, tout s'agrandit ou s'amenuise, comme un écart de mémoire qui nous livre aux erreurs de mensuration.
Et j'apprivoise tranquillement ces mots qui veulent devenir grands. Je les couche sur mon écran en toute connaissance de prose. Je suis réaliste, lecteur étourdi : jamais ma mémoire des mots ne me fera gagner un record Guinness.
Alors pour pallier l'absurdité de mes habiletés, je vais continuer le cross-fit qui me fait souffrir le corps depuis deux semaines. Qui sait ? Peut-être que je battrai le record de push-up de feu mon moniteur de terrain de jeux?
Cependant, mises à part quelques habiletés ridicules, je ne savais rien faire qui puisse mériter d'entrer dans les records.
Je sais bouger mes narines et mes oreilles. Je sais lever un sourcil indépendamment de l'autre, et même faire avec eux la vague si je suis vraiment en forme. (D'ailleurs - parenthèse - la dextérité du sourcil permet une grande flexibilité sur le plan de la démonstration des émotions telles que l'incrédulité - un seul sourcil levé accompagné d'un mouvement de tête du même côté - ou la réflexion - un sourcil à la fois est tiré vers le haut en alternance avec l'autre, accompagné cette fois d'un son grave (habituellement heeeeeu ou mmmmmm) et parfois même d'un mouvement de bouche qui se tord à la recherche d'une réponse satisfaisante. (Si mon voisin est présentement en train de m'espionner, il doit se demander si je pratique un genre de cross-fit du visage...) Fin de la parenthèse.) Je sais tenir en équilibre sur mes bras, les deux genoux accotées sur un de mes coudes, les jambes parallèles au sol. (Z'êtes pas en train d'essayer là? Voilà ce dont je parle, pour les visuels.) Je suis capable, et je sais, je suis dégueu, de virer mon annulaire à l'envers jusque sur le dessus de ma main. (Cette fois, je n'ai pas trouvé de photo, lecteur dégoûté.) Je fais aussi quelque chose de bizarre avec mon coude qui fait invariablement crier tous mes élèves quand je leur montre. Mais à part épater la galerie, mes habiletés sont totalement inutiles.
Le pire, ce sont mes habiletés mentales.
Certains retiennent les numéros. Pratique. Moi, je retiens les paroles de tounes : pars-en une, je la continue. Fais attention aux mots que tu emploies, s'ils ressemblent à ceux d'une chanson, je la chante. Je retiens des slogans. Des vers. Des répliques entières de films. Bref, des mots. PAS pratique.
D'ailleurs, dans mon cerveau, les mots qui prennent inutilement beaucoup trop de place, ce sont les proverbes. Ils entrent, se faufilent et trouvent dans mes neurones un endroit propice à leur installation permanente. Ils se creusent un solage, construisent des bloc-appartements et forment un guetto parce que, c'est bien connu, qui se ressemble s'assemble. Et ils tentent inopinément de s'introduire dans mes conversations. Je les fais taire parce que celui qui sort toujours un proverbe a terriblement l'air pédant et que parfois, aux yeux du sot, la parole du sage semble une sottise. Mais vous devriez les voir me traverser le cerveau tels des éléphants hyperactifs dansant entortillés dans le kit de lumières de Noël. Ils sont beaux, ils ont encore l'innocence de croire qu'ils sont à la mode, qu'on cherche le meilleur d'entre eux à la fin d'un texte en guise d'ouverture dans une conclusion. Et parce que la naïveté est l'opium des êtres blasés et que je reste persuadée qu'il n'y a qu'un malheur, celui d'être cynique, je leur laisse croire qu'on leur accorde l'importance qu'ils méritent.
Et je tente de construire les miens, des proverbes avec mes propres verbes. Parce que je suis autonome de la réflexion. Parce que la pensée est l'exercice de l'intelligence, comme un bench press du cerveau. Parce que j'aime les acrobaties des mots. De la pensée. Leur flexibilité.Un genre de yoga des idées. Et ces beaux mots tournent inlassablement dans ma tête, faute d'en sortir, et m'empêchent de dormir. Et c'est en noir que je vois la nuit puisque dans l'insomnie, tout s'agrandit ou s'amenuise, comme un écart de mémoire qui nous livre aux erreurs de mensuration.
Et j'apprivoise tranquillement ces mots qui veulent devenir grands. Je les couche sur mon écran en toute connaissance de prose. Je suis réaliste, lecteur étourdi : jamais ma mémoire des mots ne me fera gagner un record Guinness.
Alors pour pallier l'absurdité de mes habiletés, je vais continuer le cross-fit qui me fait souffrir le corps depuis deux semaines. Qui sait ? Peut-être que je battrai le record de push-up de feu mon moniteur de terrain de jeux?
Ce qu'il y a de plus criminel au monde, c'est l'absence de naïveté.
Read more at http://www.dicocitations.com/citations-mot-naivete.php#wR4a4s6TQmHEEQzE.99
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Ce qu'il y a de plus criminel au monde, c'est l'absence de naïveté.
Read more at http://www.dicocitations.com/citations-mot-naivete.php#wR4a4s6TQmHEEQzE.99
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Ce qu'il y a de plus criminel au monde, c'est l'absence de naïveté.
Read more at http://www.dicocitations.com/citations-mot-naivete.php#wR4a4s6TQmHEEQzE.99
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mardi 8 avril 2014
Poisson rouge
La mémoire est une faculté qui oublie, c'est bien connu. D'ailleurs, par chance. Imagine, lecteur fort probablement déjà convaincu, qu'il soit possible de se rappeler, de façon intégrale, chaque douleur, chaque rejet, chaque humiliation, chaque colère, chaque deuil... La vie ne vaudrait plus la peine d'être vécue, lecteur dépressif, après la pluie n'apparaitrait jamais le beau temps. Un peu comme ce pénible printemps...
Après une première cocufication, plus personne ne chercherait à être un couple. La jalousie nous ramènerait incontestablement vers le célibat le plus assumé. Si on se souvenait réellement, la notion de couple disparaitrait inévitablement.
Et plus personne ne prendrait de risques, aussi minimes soient-ils. Le souvenir de la douleur serait beaucoup trop vif. Tout le monde ferait comme moi, sportive sociale, et arrêterait de jouer à la balle (après six longues années d'efforts infructueux) après avoir reçu sur le bras un relais du deuxième au premier but. Ou de faire du rollerblade après s'être patiemment arraché les cailloux incrustés dans le genou. Ou de courir après... ben après sa première course du printemps là...
Au moins, plus personne ne prendrait le volant après avoir bu puisque plus personne ne boirait. Et même que plus personne ne conduirait après, un jour, comme moi, avoir gravi, de reculons, le mur du centre de du Vallon.
Une chance que la mémoire oublie. Sinon, plus personne n'aurait d'enfants. Encore moins par voie vaginale. (D'ailleurs, pourrait-on me présenter celui qui a nommé le vagin ainsi... parce que j'aurais quelques mots à lui dire concernant la sonorité dudit mot. Pas de danger que ce soit cute, non : VAGIN... Un v et un g dans le même mot, ça peut pas être beau!) (Je viens ti juste d'écrire vagin en lettres majuscules dans un de mes textes, moi!? Nice!!!) Personne ne voudrait revivre les interminables nuits, les interminables crises, les interminables pleurs, les interminables matins, les interminables inquiétudes. PARSONNE.
Cette mémoire qui oublie, c'est elle qui nous permet de continuer. De recommencer. De persévérer. D'espérer. De persister. De réessayer. De poursuivre. De croire. D'aspirer. De vivre.
Certains, d'ailleurs, ont la mémoire plus courte que d'autres. Ils ont cette faculté de tourner la page. De ne pas laisser la vie laisser ses traces. Ils ne regardent pas derrière et foncent. Ils semblent heureux, insouciants. Et il y a ces autres, ceux qui sont marqués par le passé, par les douleurs gravées. Ceux qui apprennent trop, qui retiennent trop. Ils ont le front préoccupé.
Et il y a le Québec.
Dont la devise est "Je me souviens".
Mais qui semble trop vite pardonner. Qui semble trop vite effacer, éponger, gracier. Qui semble trop vite oublier.
Il y a ce Québec, dont je suis amoureuse, qui dit se souvenir, mais qui a choisi de retourner avec son ex malgré le mal qu'il en a dit, malgré la haine qu'il a ressentie, malgré sa trahison, malgré ses bâillons, malgré ses lois imposées, ses discussions avortées. Malgré ses nombreuses cocufications.
Québec, je suis en berne. Tu as la rancune molle, tu as l'animosité fragile, tu as l'hostilité débonnaire.
Québec, tu oublies vite, mais tu apprends peu.
Après une première cocufication, plus personne ne chercherait à être un couple. La jalousie nous ramènerait incontestablement vers le célibat le plus assumé. Si on se souvenait réellement, la notion de couple disparaitrait inévitablement.
Et plus personne ne prendrait de risques, aussi minimes soient-ils. Le souvenir de la douleur serait beaucoup trop vif. Tout le monde ferait comme moi, sportive sociale, et arrêterait de jouer à la balle (après six longues années d'efforts infructueux) après avoir reçu sur le bras un relais du deuxième au premier but. Ou de faire du rollerblade après s'être patiemment arraché les cailloux incrustés dans le genou. Ou de courir après... ben après sa première course du printemps là...
Au moins, plus personne ne prendrait le volant après avoir bu puisque plus personne ne boirait. Et même que plus personne ne conduirait après, un jour, comme moi, avoir gravi, de reculons, le mur du centre de du Vallon.
Une chance que la mémoire oublie. Sinon, plus personne n'aurait d'enfants. Encore moins par voie vaginale. (D'ailleurs, pourrait-on me présenter celui qui a nommé le vagin ainsi... parce que j'aurais quelques mots à lui dire concernant la sonorité dudit mot. Pas de danger que ce soit cute, non : VAGIN... Un v et un g dans le même mot, ça peut pas être beau!) (Je viens ti juste d'écrire vagin en lettres majuscules dans un de mes textes, moi!? Nice!!!) Personne ne voudrait revivre les interminables nuits, les interminables crises, les interminables pleurs, les interminables matins, les interminables inquiétudes. PARSONNE.
Cette mémoire qui oublie, c'est elle qui nous permet de continuer. De recommencer. De persévérer. D'espérer. De persister. De réessayer. De poursuivre. De croire. D'aspirer. De vivre.
Certains, d'ailleurs, ont la mémoire plus courte que d'autres. Ils ont cette faculté de tourner la page. De ne pas laisser la vie laisser ses traces. Ils ne regardent pas derrière et foncent. Ils semblent heureux, insouciants. Et il y a ces autres, ceux qui sont marqués par le passé, par les douleurs gravées. Ceux qui apprennent trop, qui retiennent trop. Ils ont le front préoccupé.
Et il y a le Québec.
Dont la devise est "Je me souviens".
Mais qui semble trop vite pardonner. Qui semble trop vite effacer, éponger, gracier. Qui semble trop vite oublier.
Il y a ce Québec, dont je suis amoureuse, qui dit se souvenir, mais qui a choisi de retourner avec son ex malgré le mal qu'il en a dit, malgré la haine qu'il a ressentie, malgré sa trahison, malgré ses bâillons, malgré ses lois imposées, ses discussions avortées. Malgré ses nombreuses cocufications.
Québec, je suis en berne. Tu as la rancune molle, tu as l'animosité fragile, tu as l'hostilité débonnaire.
Québec, tu oublies vite, mais tu apprends peu.
mardi 1 avril 2014
Ces mots
Ils transportent, emportent, enivrent. Ils parlent, jurent, rassurent. Ils évoquent, crient, hurlent. Ils aiment ou assassinent. Ils font rougir, blêmir, rire, déprimer, croire et douter, perdre, gagner, rêver, mépriser, rester ou tout quitter. Ils rendent confiant, fou, amoureux, amoureux fou. Ils salissent, contrôlent, découragent et tuent.
Ils dépassent la pensée, parfois. Parlent sans penser. Il faut les peser. Fouiller, chercher les bons. Ceux qui ont le bon poids, la lourdeur ajustée. Ceux qui ont les bons sons, la bonne signification. Le bon sens, du gros bon sens, ceux qui provoquent la bonne sensation. Ceux qui sonnent, résonnent et donnent un sens à ma... oups, je m'égare, lecteur dérouté, ce ne sont pas les miens, ceux-là.
Je les aime crus. Drus. Efficaces. Je les aime doux. Passionnés. Ardents. Je les aime beaux. Je les aime vrais.
Certains déchirent, blessent. D'autres consolent, bercent.
Pourtant, invariablement, je les aime lents. J'aime qu'ils prennent leur temps. Je les préfère réfléchis, assurément. Les mots sous pression, très peu pour moi. Je les préfère préparés, bien habillés et coiffés. J'aime qu'on les ait cultivés, mijotés, prémédités. Je les aime bien apprêtés, pas pressés.
On les garoche pourtant trop souvent. Comme s'ils étaient sans importance : un vieux bas puant trainant auquel on ne touche que du bout des doigts. Et on les échappe. On heurte invariablement. On les encaisse, on les digère amèrement. On les nie. On les ressasse. On les tourne dans tous les sens. Et parfois même, on les ramasse. On les repasse un peu et on les relance.
Et c'est pourquoi je les écris, parce qu'ils sont alors mieux choisis. Il faut prendre le temps pour les lire, eux qui ont pris le leur pour s'écrire.
samedi 15 mars 2014
Le sens
Dans un monde tellement défectueux, au beau milieu de l'égocentrisme, malgré la haine et la laideur, on met au monde.
Dans une vie pourtant imparfaite, au beau milieu de nos défauts, malgré nos peurs et nos doutes, on donne la vie. Pour la vie.
Et on apprend. On apprend à laisser vivre. Au beau milieu de cette jungle, malgré l'inquiétude, malgré l'angoisse, malgré la peur, on les laisse vivre. Et ils apprennent à voler. Ils s'autonomisent. Et on les pousse. On les pousse à pousser.
Et on se soucie qu'ils poussent bien. On se soucie sans cesse. On se soucie constamment. Terriblement. Et tout ce qu'on fait désormais a un autre sens. Un autre poids. L'erreur, cette fois, on ne se la pardonnera pas totalement. Et on se demande parfois pourquoi on a voulu ça. Pourquoi, puisque c'est si encombrant? Pourquoi, puisque c'est si responsabilisant? Si étonnamment prenant, pesant? Et on se surprend à rêver de notre vie d'avant. De légèreté, de spontanéité, d'insouciance, d'inconstance. De poutines à quatre heures du matin. D'imprévus quand on n'a rien. D'expériences. D'intense. De nonchalance. D'indifférence. D'indépendance. Mais on a un souper à préparer, des chicanes à réconcilier, des larmes à essuyer. Et on soupire. Parce qu'on manque de solitude. Et on bâille. Parce qu'on manque de sommeil. Et on essuie des nez. Et on lit des histoires. On routinise en s'ennuyant de l'impromptu. On ritualise en cherchant l'improviste. Et au moment où on se convainc que cette vie-là, c'est trop pesant. Au moment où on a presque envie de baisser les bras. Au moment où on sacrerait pas mal toute ça là, on entend, venue d'en bas, une toute petite voix qui n'a besoin que de si peu d'arguments. Une toute petite voix qui tire sur nos culottes en claironnant : "Je t'aime maman."
Et tout reprend son sens.
Dans une vie pourtant imparfaite, au beau milieu de nos défauts, malgré nos peurs et nos doutes, on donne la vie. Pour la vie.
Et on apprend. On apprend à laisser vivre. Au beau milieu de cette jungle, malgré l'inquiétude, malgré l'angoisse, malgré la peur, on les laisse vivre. Et ils apprennent à voler. Ils s'autonomisent. Et on les pousse. On les pousse à pousser.
Et on se soucie qu'ils poussent bien. On se soucie sans cesse. On se soucie constamment. Terriblement. Et tout ce qu'on fait désormais a un autre sens. Un autre poids. L'erreur, cette fois, on ne se la pardonnera pas totalement. Et on se demande parfois pourquoi on a voulu ça. Pourquoi, puisque c'est si encombrant? Pourquoi, puisque c'est si responsabilisant? Si étonnamment prenant, pesant? Et on se surprend à rêver de notre vie d'avant. De légèreté, de spontanéité, d'insouciance, d'inconstance. De poutines à quatre heures du matin. D'imprévus quand on n'a rien. D'expériences. D'intense. De nonchalance. D'indifférence. D'indépendance. Mais on a un souper à préparer, des chicanes à réconcilier, des larmes à essuyer. Et on soupire. Parce qu'on manque de solitude. Et on bâille. Parce qu'on manque de sommeil. Et on essuie des nez. Et on lit des histoires. On routinise en s'ennuyant de l'impromptu. On ritualise en cherchant l'improviste. Et au moment où on se convainc que cette vie-là, c'est trop pesant. Au moment où on a presque envie de baisser les bras. Au moment où on sacrerait pas mal toute ça là, on entend, venue d'en bas, une toute petite voix qui n'a besoin que de si peu d'arguments. Une toute petite voix qui tire sur nos culottes en claironnant : "Je t'aime maman."
Et tout reprend son sens.
samedi 8 mars 2014
Petits yeux
Ils nous prennent tout notre temps. Notre énergie, un peu aussi. Pis notre argent, faut le dire. Ils nous occupent, nous exaspèrent, nous font rire, nous réveillent, nous émeuvent, nous salissent, nous grimpent dessus, nous rentrent des coudes dans les yeux, des tites autos dans nos bottes, nous inquiètent, nous imitent, nous déstabilisent. Nous enseignent. Nous font grandir.
Parce qu'ils savent, sans le savoir, comment être heureux. Et si on les scrute juste un petit peu, on apprend.
Parce qu'ils savent, sans le savoir, quel regard porter. Quels yeux utiliser. Comment s'émerveiller. Regarder le beau dans l'ordinaire. Arrêter de courir, de penser, de ruminer. Ralentir. Juste voir. Et profiter. Parce que la vie est plus belle quand on la déguste. Quand on s'attarde. Quand on prend le temps.
Parce qu'eux savent, sans le savoir. Ils savent observer. Découvrir, toujours. S'étonner. Et s'exclamer. Se laisser fasciner, subjuguer, captiver, éblouir, impressionner.
"Regarde chaque jour le monde comme si c'était la première fois", écrivait Éric Emmanuel-Schmitt. Il l'avait compris, lui aussi.
Ils savent. Et moi je copie sur eux.
Parce qu'ils savent, sans le savoir, comment être heureux. Et si on les scrute juste un petit peu, on apprend.
Parce qu'ils savent, sans le savoir, quel regard porter. Quels yeux utiliser. Comment s'émerveiller. Regarder le beau dans l'ordinaire. Arrêter de courir, de penser, de ruminer. Ralentir. Juste voir. Et profiter. Parce que la vie est plus belle quand on la déguste. Quand on s'attarde. Quand on prend le temps.
Parce qu'eux savent, sans le savoir. Ils savent observer. Découvrir, toujours. S'étonner. Et s'exclamer. Se laisser fasciner, subjuguer, captiver, éblouir, impressionner.
"Regarde chaque jour le monde comme si c'était la première fois", écrivait Éric Emmanuel-Schmitt. Il l'avait compris, lui aussi.
Ils savent. Et moi je copie sur eux.
jeudi 6 mars 2014
Émotionner
Je l'aime forte. Piquante. Je le sais que certains l'aiment discrète. Je l'ai essayée plus douce, mais elle est meilleure quand elle garoche. Je l'aime intense, pure. Je suis incapable de me contenter d'une demi-mesure. Je la préfère vraie, authentique, nue. C'est mieux comme ça, parce que j'ai très peu de talent pour la cacher ou la déguiser. J'ai appris plutôt à la décortiquer, à l'analyser, la comprendre, y plonger, parfois même à la nier et j'étais persuadée, lecteur déboussolé, qu'en grandissant, un jour, j'arrêterais d'émotionner. Je me calmerais le sentiment. Je m'équilibrerais l'effervescence. Je me stabiliserais le coeur. Faut croire que je n'ai pas assez grandi, c'est peut-être que mes cinq pieds deux et demi n'ont pas suffi, lecteur hilare, parce que l'émotion, je l'aime toujours aussi vive.
Je t'envie, lecteur endurci, de n'avoir pas à combattre, à te tenir debout devant elle. Je t'envie de ne pas la sentir mourir, ressusciter, s'éteindre, se rallumer et la suivre, parce c'est elle qui mène. Je t'envie de me juger trop émotive. En même temps, il me semble qu'il te manque un peu de saveur, non? Comme si tu mangeais toujours des repas congelés. Ou des haricots en canne. C'est fade, des haricots en canne. Comme si tu te faisais cuire une sauce à spag sans en respirer l'odeur. Comme si tu ne montais jamais le volume dans tes écouteurs. Un genre de chuchotement permanent, sans cris, sans éclat. Une peinture monochrome. Un été sans hiver. Pire encore, un hiver sans été.
Et toi, lecteur passionné, tu me comprends. Tu sais. Elle est sournoise, tu la connais, l'émotion. Tu la gères peut-être, mais tu en as peur aussi, je sais. Et parfois, tu t'en veux de la laisser t'envahir. Alors tu t'armes. Tu te cote de maillises le cœur. Tu t'emmurailles la défaillance. Et tu fonces parce que tu la sais inévitable. Tu épices ta vie au risque de te brûler. Tu ajoutes de la brillance au risque d'en être aveuglé. Tu vis l'hiver parce que tu sais qu'il y a l'été. Pis t'es pas mort, lecteur exalté. Tes couleurs sont vives et toi, vivant.
J'émotionne peut-être beaucoup. Mais je vis, surtout.
Je t'envie, lecteur endurci, de n'avoir pas à combattre, à te tenir debout devant elle. Je t'envie de ne pas la sentir mourir, ressusciter, s'éteindre, se rallumer et la suivre, parce c'est elle qui mène. Je t'envie de me juger trop émotive. En même temps, il me semble qu'il te manque un peu de saveur, non? Comme si tu mangeais toujours des repas congelés. Ou des haricots en canne. C'est fade, des haricots en canne. Comme si tu te faisais cuire une sauce à spag sans en respirer l'odeur. Comme si tu ne montais jamais le volume dans tes écouteurs. Un genre de chuchotement permanent, sans cris, sans éclat. Une peinture monochrome. Un été sans hiver. Pire encore, un hiver sans été.
Et toi, lecteur passionné, tu me comprends. Tu sais. Elle est sournoise, tu la connais, l'émotion. Tu la gères peut-être, mais tu en as peur aussi, je sais. Et parfois, tu t'en veux de la laisser t'envahir. Alors tu t'armes. Tu te cote de maillises le cœur. Tu t'emmurailles la défaillance. Et tu fonces parce que tu la sais inévitable. Tu épices ta vie au risque de te brûler. Tu ajoutes de la brillance au risque d'en être aveuglé. Tu vis l'hiver parce que tu sais qu'il y a l'été. Pis t'es pas mort, lecteur exalté. Tes couleurs sont vives et toi, vivant.
J'émotionne peut-être beaucoup. Mais je vis, surtout.
lundi 3 mars 2014
Ceux-là
Minuit, 31 décembre 2006.
Mexique.
L'ambiance est festive. Des feux sont allumés un peu partout sur la plage et dans les yeux de ceux qui dansent. La mer, ses vagues, la musique, le sable, des corps bronzés... trame de fond parfaite pour défoncer une année.
Pourtant, je suis assise un peu en retrait, moi qui ai plutôt l'habitude de crier ma vie aussi fort que le moment l'est, et je regarde la lune qui vole quelques centimètres au-dessus de la ligne d'horizon que je vois trop rarement. J'ai encore mon paréo sur la tête, celui qui me permettait, quelques minutes auparavant, d'imiter un gourou de secte à l'accent espagnol douteux pour faire rire mes amis de fortune avec qui je découvre Puerto Escondido et ses noix de coco qui donnent la chiasse.
Je suis assise un peu en retrait parce que je semble être la seule à qui il manque quelque chose. Sur ma scène, j'ai choisi le décor parfait. Je suis perfectionniste, lecteur berné par le bordel de mon bureau à l'école. Et j'aime les détails : la lune est presque pleine, la tite broue des vagues pétille sur mes orteils, l'air est doux. Avoue, lecteur tanné des -40 degrés, que tu as envie d'y être avec moi.
Malgré tout, affirmais-je, il me manque quelque chose. Le décor est merveilleusement monté, mais la pièce n'est pas à son apogée.
Il manque les acteurs. Ces amis avec qui j'aime jouer. Mes amis. Ceux qui crient parfois aussi fort que moi et ces autres qui me modèrent. Ceux avec qui j'ai souvent dépassé des limites sans me faire juger. Ceux avec qui on fait des concours de gomme balloune avec un kodak à trois heures du matin. Ceux à qui on sort vainement nos techniques de respiration d'accouchement pour leur éviter de tomber dans les pommes au show de Ben Harper. Ceux avec qui on fait fondre l'asphalte en faisant un feu impromptu dans la cour arrière d'un appart. Ceux avec qui on écoute du Loco Locass sur repeat perdus en forêt. Ceux qui acceptent de porter des chapeaux de cowboys avec nous. Ceux avec qui on chante trop fort des (mauvaises) tounes inventées sur des airs connus. Ceux à qui on remplit le sac d'école de confettis, on enveloppe le bureau de papier alu, on accroche des banderoles pendant leur absence, on envoie des messages de freaking lutins à Noël. Ceux avec qui on peut ne rien faire pis avoir du fun quand même. Ceux avec qui on parachute, on rafte, on campe, on danse, on dérange, on pleure, on bouffe - trop -, on boit - trop - pis on rit - trop. Ceux qui parfois nous disent qu'on a raison d'être en crisse. Ceux, parfois, à qui on dit qu'ils ont raison d'être en crisse.
Ceux qui font de ma vie la meilleure pièce de théâtre ever.
Ceux sans qui même le décor le plus enchanteur ne vaut rien.
Mexique.
L'ambiance est festive. Des feux sont allumés un peu partout sur la plage et dans les yeux de ceux qui dansent. La mer, ses vagues, la musique, le sable, des corps bronzés... trame de fond parfaite pour défoncer une année.
Pourtant, je suis assise un peu en retrait, moi qui ai plutôt l'habitude de crier ma vie aussi fort que le moment l'est, et je regarde la lune qui vole quelques centimètres au-dessus de la ligne d'horizon que je vois trop rarement. J'ai encore mon paréo sur la tête, celui qui me permettait, quelques minutes auparavant, d'imiter un gourou de secte à l'accent espagnol douteux pour faire rire mes amis de fortune avec qui je découvre Puerto Escondido et ses noix de coco qui donnent la chiasse.
Je suis assise un peu en retrait parce que je semble être la seule à qui il manque quelque chose. Sur ma scène, j'ai choisi le décor parfait. Je suis perfectionniste, lecteur berné par le bordel de mon bureau à l'école. Et j'aime les détails : la lune est presque pleine, la tite broue des vagues pétille sur mes orteils, l'air est doux. Avoue, lecteur tanné des -40 degrés, que tu as envie d'y être avec moi.
Malgré tout, affirmais-je, il me manque quelque chose. Le décor est merveilleusement monté, mais la pièce n'est pas à son apogée.
Il manque les acteurs. Ces amis avec qui j'aime jouer. Mes amis. Ceux qui crient parfois aussi fort que moi et ces autres qui me modèrent. Ceux avec qui j'ai souvent dépassé des limites sans me faire juger. Ceux avec qui on fait des concours de gomme balloune avec un kodak à trois heures du matin. Ceux à qui on sort vainement nos techniques de respiration d'accouchement pour leur éviter de tomber dans les pommes au show de Ben Harper. Ceux avec qui on fait fondre l'asphalte en faisant un feu impromptu dans la cour arrière d'un appart. Ceux avec qui on écoute du Loco Locass sur repeat perdus en forêt. Ceux qui acceptent de porter des chapeaux de cowboys avec nous. Ceux avec qui on chante trop fort des (mauvaises) tounes inventées sur des airs connus. Ceux à qui on remplit le sac d'école de confettis, on enveloppe le bureau de papier alu, on accroche des banderoles pendant leur absence, on envoie des messages de freaking lutins à Noël. Ceux avec qui on peut ne rien faire pis avoir du fun quand même. Ceux avec qui on parachute, on rafte, on campe, on danse, on dérange, on pleure, on bouffe - trop -, on boit - trop - pis on rit - trop. Ceux qui parfois nous disent qu'on a raison d'être en crisse. Ceux, parfois, à qui on dit qu'ils ont raison d'être en crisse.
Ceux qui font de ma vie la meilleure pièce de théâtre ever.
Ceux sans qui même le décor le plus enchanteur ne vaut rien.
vendredi 28 février 2014
Recette d'un p'tit crisse
Malgré mon travail de prof et mon autre de mère, je n'ai ni la recette pour créer un athlète olympique (pis honnêtement, je m'en contretorche un peu, je suis loin d'avoir l'argent pour monter à Sochi!) ni celle pour créer un chanteur d'opéra, un scientifique fou, un artiste international, un militant gauchiste, un génie des mathématiques, un gourou hindouiste, un premier ministre, un communiste ou un capitaliste. (Avoue, lecteur déçu, que tu aurais aimé celle du premier ministre!)
Pourtant, en cette fin de journée qui fut des plus tumultueuses à l'école, en ce début de relâche bien méritée pour tous mes collègues à bout de souffle et pour moi-même, en train de me réanimer à coups de martinis litchi, je veux partager avec vous une recette. La seule peut-être qui existe quand on jase d'éducation d'êtres humains. Celle qui devrait figurer en première page du Mieux-Vivre qu'on nous offre à l'hôpital dans nos mains encombrées d'un bébé de deux heures qui prend le sein tout croche et nous déchire le mamelon. Non, mieux! Celle qu'on devrait faire réciter comme un hymne national à tous ceux qui ont l'ovule qui les titille ou le spermatozoïde qui sonne pour leur accorder le droit de se reproduire. (Le savais-tu, toi, lecteur perfectionniste, qu'on pouvait dire une hymne aussi?) Une recette merveilleuse, tout droit sortie de ma tête!
La recette du p'tit crisse.
En fait, il se peut que si tu ne suis pas la recette, tu réussisses quand même ton coup, lecteur dubitatif. Parce qu'il y a en d'autres, que tu peux créer : le p'tit câlisse, le p'tit tabarnac ou le p'tit Kevin (sous toutes ses formes : Keven, Kaiven, Kayvin, Kèvene...). Mais aujourd'hui, je m'attarderai au p'tit crisse, c'est mon préféré. Pis ça se met au féminin aussi. Le masculin est utilisé juste pour alléger le texte, tsé.
1- D'abord, dès sa naissance, laisse-le niaiser longtemps avant d'aller le voir quand il pleure. Il faut les endurcir, ces p'tites bêtes-là! Pas question d'en faire des tapettes. Touche-le le moins possible, il faut qu'il s'habituse : dans la vie, on avance tout seul. Si t'es vraiment dans l'mood, tu peux aussi tenter de le faire dormir dans la garnotte, mais là, on est à un niveau supérieur. S'il ne comprend pas vite et pleure toujours, mets un peu d'Amarula dans son lait.
2- Dans sa phase je-varge-sur-tout-le-monde-pour-montrer-mon-mécontentement/ma-supériorité, fais semblant d'être fâché, juste pour ne pas trop te faire juger (c'est pas tout le monde qui comprend ça, l'éducâtion!), garde quand même un ton mielleux pis sucré pour l'invectiver pis sacres-y un bec quand plus personne ne te regarde.
3- Quand il crise, fait le bacon, hurle, se pète la tête à terre volontairement, se répand sur le plancher dans sa morve et ses larmes ou te mitraille de tout ce qui peut lui tomber sous la main, surtout, ne laisse pas la frustration transparaître, lecteur impatient : il développe son caractère. Il en aura besoin dans la jungle scolaire plus tard. Ne monte surtout pas le ton. Donne-lui plutôt beaucoup d'attention. Si tu peux l'attraper au passage, donne-lui des smarties.
4- À la garderie, s'il y va, quand il mordra le dos de la petite Alice ou brutalisera son ami Marco, demande-lui gentiment "pourquoi?" à plusieurs reprises. Laisse-le changer de sujet, il apprend l'évitement, souvent utile en cas de conflits. En arrivant chez toi, donne-lui des jujubes.
5- Couche-le tard. Pis la sieste, l'après-midi, c'est pour les moumounes. Réveille-le, lecteur festif, s'il s'endort en plein party et donne-lui des chips, ça tient réveillé.
6- S'il crie dans un magasin, ne le laisse pas attirer autant d'attention sur vous, lecteur inconfortable. Achète-lui un jouet. Sinon, il pourrait ensuite se sentir lésé dans son sentiment de toute-puissance, ça développe des défaillances érectiles.
7- S'il boude, t'affirme qu'il te déteste et ne veut plus jouer avec toi, prends-le en pitié. Il te montre ainsi son désarroi. Harcèle-le, même s'il te repousse, pour qu'il redevienne ton ami. C'est bon pour son estime. Au pire, quand ça dure trop, donne-lui des skittles ou achète-lui un Ipad. Avec une carte ITunes.
8- À la maternelle, si sa prof lui donne une conséquence, appelle pour contester. Si la prof n'entend pas raison, argumente. Elle est nécessairement incompétente. Dis-le à ton enfant. Sacre au téléphone, prends ta grosse voix, lecteur autoritaire, et dis-lui comment gérer sa classe. À répéter jusqu'à l'université.
Je n'ai que peu de convictions dans la vie, lecteur incrédule, mais celle-ci est puissante. Ma recette mène incontestablement vers le p'tit crisse. Les limites, c'est pour les faibles.
Pourtant, en cette fin de journée qui fut des plus tumultueuses à l'école, en ce début de relâche bien méritée pour tous mes collègues à bout de souffle et pour moi-même, en train de me réanimer à coups de martinis litchi, je veux partager avec vous une recette. La seule peut-être qui existe quand on jase d'éducation d'êtres humains. Celle qui devrait figurer en première page du Mieux-Vivre qu'on nous offre à l'hôpital dans nos mains encombrées d'un bébé de deux heures qui prend le sein tout croche et nous déchire le mamelon. Non, mieux! Celle qu'on devrait faire réciter comme un hymne national à tous ceux qui ont l'ovule qui les titille ou le spermatozoïde qui sonne pour leur accorder le droit de se reproduire. (Le savais-tu, toi, lecteur perfectionniste, qu'on pouvait dire une hymne aussi?) Une recette merveilleuse, tout droit sortie de ma tête!
La recette du p'tit crisse.
En fait, il se peut que si tu ne suis pas la recette, tu réussisses quand même ton coup, lecteur dubitatif. Parce qu'il y a en d'autres, que tu peux créer : le p'tit câlisse, le p'tit tabarnac ou le p'tit Kevin (sous toutes ses formes : Keven, Kaiven, Kayvin, Kèvene...). Mais aujourd'hui, je m'attarderai au p'tit crisse, c'est mon préféré. Pis ça se met au féminin aussi. Le masculin est utilisé juste pour alléger le texte, tsé.
1- D'abord, dès sa naissance, laisse-le niaiser longtemps avant d'aller le voir quand il pleure. Il faut les endurcir, ces p'tites bêtes-là! Pas question d'en faire des tapettes. Touche-le le moins possible, il faut qu'il s'habituse : dans la vie, on avance tout seul. Si t'es vraiment dans l'mood, tu peux aussi tenter de le faire dormir dans la garnotte, mais là, on est à un niveau supérieur. S'il ne comprend pas vite et pleure toujours, mets un peu d'Amarula dans son lait.
2- Dans sa phase je-varge-sur-tout-le-monde-pour-montrer-mon-mécontentement/ma-supériorité, fais semblant d'être fâché, juste pour ne pas trop te faire juger (c'est pas tout le monde qui comprend ça, l'éducâtion!), garde quand même un ton mielleux pis sucré pour l'invectiver pis sacres-y un bec quand plus personne ne te regarde.
3- Quand il crise, fait le bacon, hurle, se pète la tête à terre volontairement, se répand sur le plancher dans sa morve et ses larmes ou te mitraille de tout ce qui peut lui tomber sous la main, surtout, ne laisse pas la frustration transparaître, lecteur impatient : il développe son caractère. Il en aura besoin dans la jungle scolaire plus tard. Ne monte surtout pas le ton. Donne-lui plutôt beaucoup d'attention. Si tu peux l'attraper au passage, donne-lui des smarties.
4- À la garderie, s'il y va, quand il mordra le dos de la petite Alice ou brutalisera son ami Marco, demande-lui gentiment "pourquoi?" à plusieurs reprises. Laisse-le changer de sujet, il apprend l'évitement, souvent utile en cas de conflits. En arrivant chez toi, donne-lui des jujubes.
5- Couche-le tard. Pis la sieste, l'après-midi, c'est pour les moumounes. Réveille-le, lecteur festif, s'il s'endort en plein party et donne-lui des chips, ça tient réveillé.
6- S'il crie dans un magasin, ne le laisse pas attirer autant d'attention sur vous, lecteur inconfortable. Achète-lui un jouet. Sinon, il pourrait ensuite se sentir lésé dans son sentiment de toute-puissance, ça développe des défaillances érectiles.
7- S'il boude, t'affirme qu'il te déteste et ne veut plus jouer avec toi, prends-le en pitié. Il te montre ainsi son désarroi. Harcèle-le, même s'il te repousse, pour qu'il redevienne ton ami. C'est bon pour son estime. Au pire, quand ça dure trop, donne-lui des skittles ou achète-lui un Ipad. Avec une carte ITunes.
8- À la maternelle, si sa prof lui donne une conséquence, appelle pour contester. Si la prof n'entend pas raison, argumente. Elle est nécessairement incompétente. Dis-le à ton enfant. Sacre au téléphone, prends ta grosse voix, lecteur autoritaire, et dis-lui comment gérer sa classe. À répéter jusqu'à l'université.
Je n'ai que peu de convictions dans la vie, lecteur incrédule, mais celle-ci est puissante. Ma recette mène incontestablement vers le p'tit crisse. Les limites, c'est pour les faibles.
samedi 22 février 2014
Iousse qu'y va, le monde?
Vendredi matin.
3 heures de sommeil.
Pédago et café.
Quelques policiers (humm...!) et leur commandant au physique imposant viennent nous former, mes collègues et moi, sur les mesures à prendre lorsqu'un tireur entre dans une école. Pour l'occasion, j'ai trainé mon gun à eau vert fluo. Concept.
Depuis Denis Lortie en 1984, les médias nous mitraillent (désolée, lecteur insurgé, ce n'est que turlupinade, ce mot, dans ce contexte, je sais...)les médias nous mitraillent, disais-je, d'événements dramatiques, mortels, tous symptomatiques d'une société malade. La nôtre.
Depuis le début du millénaire, il ne passe pas une année sans qu'une école ne soit visitée par un tueur (https://fr.wikipedia.org/wiki/Tuerie_en_milieu_scolaire), l'année 2012 battant des records d'indignation avec sa tuerie à l'école primaire de Sandy Hook causant 28 morts dont 20 enfants.
Les raisons de ces massacres varient. Elles ne sont, à ma connaissance, ni politiques ni économiques. Elles apparaissent la plupart du temps plutôt personnelles. Parfois, elles sont inconnues. Pourtant, les tueurs semblent tous avoir quelque chose en commun.
La haine.
Bon. Je ne m'attends pas à recevoir un doctorat en sociologie pour cette découverte, je ne crois plus aux pouliches, tu le sais, lecteur accoutumé. N'empêche qu'on peut bien accuser les Internet, la musique et l'accès aux armes à feu, mais s'il n'y avait pas la haine, la vraie, la grande, LA haine, il n'y aurait pas d'abattoir.
Quand c'est loin, c'est facile de s'insurger sans se sentir concerné.
Quand c'est aux États-Unis, c'est facile de les trouver cons.
Quand ça se rapproche, ça devient un peu moins facile.
Quand le policier t'en parle dans ton école, c'est encore possible de te persuader que ça n'arrivera pas.
Mais quand tu es seule, devant ta classe, à te questionner sur la meilleure façon d'y confiner 32 vies, ça devient un peu plus réel.
J'en connais, moi, des élèves haineux. Des parents aussi. Des gens.
Et les scénarios se bousculent parce que l'imagination est un terreau fertile et que la graine était déjà semée depuis longtemps et qu'on vient tout juste de l'arroser, de s'assurer qu'elle a du soleil. On a même mis un peu d'engrais. Et la scène se forme. Et les réactions semblent un peu plus concrètes. Les visages. Les yeux. Et les cris. Les pleurs. Le bruit des bureaux, des chaises. Et la peur qui croît. La panique qu'il faut contrôler. Et le sang peut-être. L'incompréhension ensuite. Les dégâts. Et là, il faut convaincre son cerveau que les risques sont minimes. Que ce n'est qu'une préparation mentale. Que l'image ne sert qu'à savoir quoi faire, comme lors d'une pratique de feu. Sauf que le feu, lui, il n'a pas pris la décision de tuer des gens. Il n'est que ce qu'il est, c'est tout. Il détruit comme il peut sauver une vie. Mais l'homme, lui, il tire et il sait. Il sait la douleur. Il sait la peur. Il sait la mort. Et il les choisit.
C'est quand ma tête déraille et assied mes enfants dans cette même classe où il faut confiner 32 vies que je disjoncte. Je peux me placer dans cette situation. J'assume. Mais pas mes enfants.
Et moi qui ai toujours exécré ces phénomènes de phobie sociale, moi qui n'ai pas voulu faire vacciner ma fille et mon foetus lors de la folie H1N1, moi qui ai toujours ri des États-Unis et de leurs détecteurs de métal dans les écoles, moi qui les traite de névrosés paranoïaques en les contemplant s'armer pour se protéger, moi qui étais persuadée que le virus du Nil était le fruit d'un mythomane, moi qui ai toujours été convaincue qu'un peuple qui a peur est un peuple soumis, moi, cette même moi, en pensant à mes enfants assis dans cette classe, cette bibliothèque ou cette cafétéria, je fonds, je m'écroule, je court-circuite : construisons des écoles anti-balles, enfermons tous les impulsifs, abolissons la haine à coup de pilules du bonheur, installons des caméras de surveillance dans toutes les maisons, barricadons-nous, protégeons-nous ou sauvons-nous!!!!
Et là, je convaincs mon cerveau de se calmer le terreau, il faut le mettre en jachère quelques minutes.
Et je me demande iousse qu'y va le monde.
Et par iousse qu'il faut aller, pour ne pas aller là où il va?
Iousse qu'y va, le monde, qu'on puisse l'éviter, lui pis sa grosse gastro généralisée?
Iousse qu'y va, le monde, question qu'on le sache et qu'on puisse s'en aller à l'opposé?
3 heures de sommeil.
Pédago et café.
Quelques policiers (humm...!) et leur commandant au physique imposant viennent nous former, mes collègues et moi, sur les mesures à prendre lorsqu'un tireur entre dans une école. Pour l'occasion, j'ai trainé mon gun à eau vert fluo. Concept.
Depuis Denis Lortie en 1984, les médias nous mitraillent (désolée, lecteur insurgé, ce n'est que turlupinade, ce mot, dans ce contexte, je sais...)les médias nous mitraillent, disais-je, d'événements dramatiques, mortels, tous symptomatiques d'une société malade. La nôtre.
Depuis le début du millénaire, il ne passe pas une année sans qu'une école ne soit visitée par un tueur (https://fr.wikipedia.org/wiki/Tuerie_en_milieu_scolaire), l'année 2012 battant des records d'indignation avec sa tuerie à l'école primaire de Sandy Hook causant 28 morts dont 20 enfants.
Les raisons de ces massacres varient. Elles ne sont, à ma connaissance, ni politiques ni économiques. Elles apparaissent la plupart du temps plutôt personnelles. Parfois, elles sont inconnues. Pourtant, les tueurs semblent tous avoir quelque chose en commun.
La haine.
Bon. Je ne m'attends pas à recevoir un doctorat en sociologie pour cette découverte, je ne crois plus aux pouliches, tu le sais, lecteur accoutumé. N'empêche qu'on peut bien accuser les Internet, la musique et l'accès aux armes à feu, mais s'il n'y avait pas la haine, la vraie, la grande, LA haine, il n'y aurait pas d'abattoir.
Quand c'est loin, c'est facile de s'insurger sans se sentir concerné.
Quand c'est aux États-Unis, c'est facile de les trouver cons.
Quand ça se rapproche, ça devient un peu moins facile.
Quand le policier t'en parle dans ton école, c'est encore possible de te persuader que ça n'arrivera pas.
Mais quand tu es seule, devant ta classe, à te questionner sur la meilleure façon d'y confiner 32 vies, ça devient un peu plus réel.
J'en connais, moi, des élèves haineux. Des parents aussi. Des gens.
Et les scénarios se bousculent parce que l'imagination est un terreau fertile et que la graine était déjà semée depuis longtemps et qu'on vient tout juste de l'arroser, de s'assurer qu'elle a du soleil. On a même mis un peu d'engrais. Et la scène se forme. Et les réactions semblent un peu plus concrètes. Les visages. Les yeux. Et les cris. Les pleurs. Le bruit des bureaux, des chaises. Et la peur qui croît. La panique qu'il faut contrôler. Et le sang peut-être. L'incompréhension ensuite. Les dégâts. Et là, il faut convaincre son cerveau que les risques sont minimes. Que ce n'est qu'une préparation mentale. Que l'image ne sert qu'à savoir quoi faire, comme lors d'une pratique de feu. Sauf que le feu, lui, il n'a pas pris la décision de tuer des gens. Il n'est que ce qu'il est, c'est tout. Il détruit comme il peut sauver une vie. Mais l'homme, lui, il tire et il sait. Il sait la douleur. Il sait la peur. Il sait la mort. Et il les choisit.
C'est quand ma tête déraille et assied mes enfants dans cette même classe où il faut confiner 32 vies que je disjoncte. Je peux me placer dans cette situation. J'assume. Mais pas mes enfants.
Et moi qui ai toujours exécré ces phénomènes de phobie sociale, moi qui n'ai pas voulu faire vacciner ma fille et mon foetus lors de la folie H1N1, moi qui ai toujours ri des États-Unis et de leurs détecteurs de métal dans les écoles, moi qui les traite de névrosés paranoïaques en les contemplant s'armer pour se protéger, moi qui étais persuadée que le virus du Nil était le fruit d'un mythomane, moi qui ai toujours été convaincue qu'un peuple qui a peur est un peuple soumis, moi, cette même moi, en pensant à mes enfants assis dans cette classe, cette bibliothèque ou cette cafétéria, je fonds, je m'écroule, je court-circuite : construisons des écoles anti-balles, enfermons tous les impulsifs, abolissons la haine à coup de pilules du bonheur, installons des caméras de surveillance dans toutes les maisons, barricadons-nous, protégeons-nous ou sauvons-nous!!!!
Et là, je convaincs mon cerveau de se calmer le terreau, il faut le mettre en jachère quelques minutes.
Et je me demande iousse qu'y va le monde.
Et par iousse qu'il faut aller, pour ne pas aller là où il va?
Iousse qu'y va, le monde, qu'on puisse l'éviter, lui pis sa grosse gastro généralisée?
Iousse qu'y va, le monde, question qu'on le sache et qu'on puisse s'en aller à l'opposé?
dimanche 2 février 2014
Vieux yeux
Peut-être que j’me trompe, peut-être que chu dans l’champ.
Peut-être qu’au fond, j’ai rien compris, que c’est désolant. Peut-être que
c’que j’vois dans leurs mouvements, leur désenchantement, leur
désintéressement, leur désillusionnement, c’est un leurre, que du vent. Peut-être.
Peut-être pas non plus. Je sais pas. Je sais plus.
Parce que je suis de plus en
plus loin, je vieillis. Et qu’avec ces yeux d’adultes, on n’y voit pas toujours
clair. On regarde de loin, on préjuge, on peut pas croire, on sermonne, mais on
se souvient, quand même, un tout p’tit peu. On se souvient que jadis, on
adolesçait un peu, en moins pire c’est certain, mais jadis, nous adolesçâmes.
Ah! Nous fûmes ben mieux, nombrilise-t-on, pas si tant pire, juste assez. Et on
regarde de loin, dans notre temps, avec nos yeux de vieux qui ne voient plus
tant qu’ça, du moins pas aussi loin que ça, parce qu’on vieillit, et on voit
tout brouille et on s’engaillardit l’image du passé et on se désole pour eux
parce qu’au fond, on voudrait mieux pour eux.
Pourtant, quand on regarde mieux avec nos yeux usés ces
grands enfants, ces petits adultes derrière leur pupitre, on voit bien qu’ils
ne veulent pas ce qu’on veut. Et parfois, tout ce qu’ils veulent, c’est le
contraire. Le contraire de n’importe quoi. Alors on dit oui, juste pour voir,
et ils disent non. Et on comprend, quand on regarde mieux avec nos yeux de
fossiles qui voient bien juste ce qu’ils veulent bien voir. On voit bien, à
moins que j’me trompe. On voit leur grand corps, leur corps de grand, dans
lequel ils sont encore tout petits. On voit leur armure, de plus en plus solide,
mais dans laquelle, c’est encore un peu fragile. Et on se convainc un tout
p’tit peu que nous fûmes bien plus solides.
Et si on les observe, de notre regard ancestral, et qu’on les aime mieux, on voit parfois l’enfant, parfois le fragile qu’ils cachent tant, pourtant si attendrissant, qu’ils préfèrent dissimuler sans toutefois vouloir quitter. Et on se demande, désuets philosophes, pourquoi il faut vieillir pour avoir envie de rajeunir.
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