jeudi 11 juin 2015

Madame Christine

Parce que parfois, en fin d'année scolaire, il faut prendre le temps de remercier la personne qui a gardé un œil, ou deux, sur notre enfant et parce que les mots font souvent de beaux cadeaux, voilà ceux que j'ai donnés à Madame Christine :

Quand je serai grande, je rêve d'être comme elle. De garder, malgré les obstacles et les années, autant d'amour pour mes élèves. De garder, dans mes yeux, toute la tendresse qui brille dans les siens pour eux. Je rêve de mettre la main sur ce gant de velours glissé sur sa poigne de fer, celui qui prend soin au quotidien, celui qui se soucie, celui qui protège, qui réconforte, qui attentionne et compassionne.  
 
Quand je serai grande, je rêve d'être comme elle. De laisser toujours cette passion enflammer mes idées pour leur permettre à eux de vivre du beau, du magique, du poétique. De sourire fièrement devant ce qu'ils réussiront. De m'émerveiller encore autant devant ce qu'ils sont, devant le chemin qu'ils suivront, devant leur évolution. 
  
Quand je serai grande, je rêve d'être comme elle. De laisser mes couleurs flamboyer, comme les siennes. Malgré les obstacles et les années. Ne pas m'affadir, ne pas ternir.

Briller pour faire briller.

Sourire pour faire sourire.
  
Aimer pour faire grandir.  
 
Comme elle. Pour eux.



mardi 12 mai 2015

Les fleurs, ça pousse même dans le froid

Pour la première fois de leur vie, j’ai fait un choix que je savais bousculant, bruyant, déchirant. J’ai choisi le déstabilisant. Le culpabilisant. L’inquiétant. Pourtant, je découvre en mes enfants une force que les adultes n’ont pas tant. Une capacité de vivre dans le présent, de rester confiants. D’avancer, malgré les tumultes, sans trop regarder ni derrière ni devant. Ils ont cette force que je leur envie tant. De marcher la tête dans le vent, les yeux ouverts et le rire plein de dents. Et je les vois continuer. À grandir. À pousser malgré le froid, malgré le mauvais temps. Et je les admire. Et j’apprends. Parce qu'ils gambadent dans la tornade. Parce qu'ils rient malgré la pluie. Et à travers le bruit et l’incertitude, ils fleurissent. Quand même. Et s'embellissent. Se renforcissent. Et grandissent. Surtout. Malgré tout.


Et je les admire. J'apprends. Que c'est pas tout d'être grand. Qu'il faut savoir être petit de temps en temps. Pour se laisser porter par le vent. Léger. Confiant.
 
Et je me rends compte que des fleurs, ça pousse. Tout le temps. Même dans les vents turbulents. Même quand le printemps est froid.







samedi 14 février 2015

Y fait pas beau, tout l'temps, partout.

Il y a ces semaines de tempête dont on parle rarement virtuellement. Ces moments turbulents qu'on tait dans ce monde d'apparat où il faut sourire sur les photos pour susciter l'envie avec le beau. Il y a de belles histoires, avec des licornes et des princes charmants, et il y en a d'autres, parfois, où les rêves foutent le camp. Tu le sais, lecteur désillusionné, que la vie nous garoche parfois un banc de neige qui cale jusqu'aux hanches dans le chemin et qu'elle nous regarde nous démener pour en sortir avec son estie de sourire baveux dans face! Et, comme un parent devant son kid qui apprend à nager, les bras croisés et l'œil amusé, elle nous tambourine les tympans avec les muscles qu'on se fera et la force qu'on prendra. Et moi, dans mon banc de neige, la face dans le vent, la pelle à la main pis les doigts su'l bord de tomber parce qu'ils ont froid, j'me dis juste que chu crissement pas ben là, drette là, mais que ça ira. Que la tempête passera. Que le printemps arrivera, il revient toujours, inlassablement. Pis qu'inévitablement, le banc de neige fondra. Mais j'ai quand même besoin d'écrire, même s'il y a du vent pis que les mots ne me viennent pas vraiment, parce que sinon ça tempête en-dedans pis ça fait mal au ventre. Faque fuck les apparences, lecteur empathique. Je sors une jambe de mon garde-robe virtuel pis j'te lance, comme ça, que chez moi, présentement, il fait pas beau tout l'temps.





samedi 10 janvier 2015

Journée d'gars

Aujourd'hui, c'était une journée d'gars. J'ai pas poussé l'audace à essayer de pisser mon nom de vingt-deux lettres dans la neige, mais j'y ai songé...

Une journée d'gars, c'est compter le temps en nombre de tirs au but.
C'est nommer les marques des voitures pendant qu'on les salue.
C'est se faire évaluer la qualité de goaleuse pis de scoreuse de buts.
C'est se faire dire qu'on sent bon même si on pue.

C'est se faire plaquer dans la bande de la galerie pendant qu'on se fait aller la pelle, les biceps pis les abdos à soulever l'épaisseur glacée de la semaine.
C'est devoir frencher une tite auto parce qu'elle a d'la peine.
C'est se faire demander en mariage au moins cent fois.
C'est se taper dans' mite pour n'importe quoi, à tout bout d'champ.


C'est se faire sortir de la lune par un coach d'un mètre qui proteste qu'il vaut mieux tenir son bâton à deux mains.
C'est courir, se pousser, se pitcher dans' neige, penser à rien.
C'est écouter plaider que Boston, c'est vraiment d'la marde.
C'est entendre imiter, après chaque but compté, une estie d'sirène criarde.


C'est se faire embrasser l'œil après qu'on y ait crissé un bâton de hockey victorieux.
C'est se faire clamer je t'aime en se regardant l'fin fond des yeux.
Se faire aussi dire qu'on est belle, qu'on a les plusses beaux cheveux.
C'est se laisser convaincre qu'on n'est pas si vieux, juste un peu.







dimanche 21 décembre 2014

Québec, je t'haïs

Depuis quelques nuits blanches déjà, je cherche mes mots, Québec. Ceux que j'ai trouvés sont trop violents, haineux, sacrent sans modération et envoient chier promptement, désobligeamment. Ceux-là n'auraient servi à rien. J'essaierai donc d'en choisir d'autres et de les écrire calmement.


J'ai bien réfléchi, Québec. Et sache que mes mots, je les pèse précautionneusement. Je ne croyais pas les dire un jour, moi qui t'aimais tant. Je ne pensais pas les penser vraiment. C'était du déni, je le sais maintenant. Alors je te les lance comme ils m'habitent : sèchement, brutalement.


Québec, je t'haïs.
Terriblement.


Je t'en veux, de fusiller mes rêves. De noyer mes valeurs. De saigner mes espoirs, mes ambitions, mes aspirations.


Je t'en veux de mentir, de salir. De faire croire et de détruire. Je t'en veux de nous négliger, de m'abandonner et de prétendre que c'est pour mon bien, que ça va bien aller.


Je t'en veux de ne pas voir l'essentiel. De cracher sur le primordial. De piétiner le principal. Et de scander hypocritement que ça ne fera pas mal.


Je t'en veux de vouloir changer. De te détourner des priorités. Je ne peux pas te laisser faire, tu me verras me lever. Je ne peux pas me laisser faire, tu m'entendras crier.


Québec, je t'haïs, mais j'espère cruellement pouvoir encore t'aimer.


Je veux vivre, éduquer, grandir avec toi. Québec, tes décisions m'appartiennent un peu, souviens-t'en. Je ne suis pas seule à enrager tant. À colérer férocement. Québec, arrête-toi, il est encore temps. Reviens donc à ce qui importe tant.





mardi 16 décembre 2014

Chêne


J'ai écrit ces mots pour une amie qui ne savait pas lesquels choisir après avoir appris le cancer d'une de ses amies. Parfois, ça fait plaisir d'offrir ses mots à ceux qui ne trouvent pas les leurs...

J’étais un roseau après la tempête. J’avais eu beau essayer, j’avais été incapable de me redresser. Le vent m’avais usée, courbée jusqu’à me plier complètement, jusqu’à m’écraser, me briser. J’étais un roseau massacré. Et toi, mon chêne. Vivant. Solide. Assuré. Ta force apaisait ma fragilité. M’empêchait de vaciller. Tu étais droite, parfaitement bien enracinée. Et tes couleurs égayaient la grisaille, éclairaient mon obscurité. Et tranquillement, j’ai su me relever, me soigner. C’est toi, mon chêne, qui, tout ce temps, m’a protégée.

Et voilà qu’une nouvelle tempête rugit. Les vents sont forts, je sais, je fléchis. Et j’ai peur. J’ai peur pour toi, mon amie. Peur que cette fois, ce soit toi qui plies. Et je ne suis qu’un roseau, toute menue à côté d’un chêne, si petite devant le grand, minuscule devant le géant. Mais j’ai confiance. J’ai confiance en ta puissance, mon amie. Je sais que tu resteras debout dans les vents. Je sais que tu ne casseras pas pendant l’ouragan. Garde toute ta force pour toi, cette fois. Reste droite, mon amie, ne fléchis pas.





mardi 2 décembre 2014

Rêver jeune

Rêver jeune, vivre vieux. Aimer la spontanéité et devoir planifier. Souhaiter hurler, danser, mais se taire, se raisonner. Réprimer son rire pour la crédibilité. Être solide alors qu'on a envie de s'écrouler.


Pis étouffer.


Vouloir des céréales pour souper pis s'obliger à manger équilibré. Courir même si on est fatigué. Se lever quand on voudrait se coucher. S'impatienter alors que tout passe avec tant de rapidité.


Pis souffler. S'essouffler.


Et respirer. Recommencer.


Désirer l'impromptu, mais routiniser. Fantasmer d'intensité et se contenter de stabilité. Voir grand, vivre raisonnablement. Aimer agir, devoir réfléchir.


Et s'étourdir. En espérant ne pas défaillir.





mardi 21 octobre 2014

Cet après-midi, j'ai eu quatre ans

Cet après-midi, j'ai eu quatre ans. Tu as grimpé tout en haut, sur ton bateau de pirates au milieu du parc. Tu étais le gentil et moi le méchant. Il y a eu de la pluie, mais en mer, tout est mouillé d'avance, ça ne dérange pas. J'avais mon épée, tu avais ton bateau. Je clamais : "À l'abordage!" parce que ça fait toujours beau. Et tu ripostais de tes mots graves : "Marin d'eau douce, retourne dans ton canot!" C'est alors qu'est arrivé ton équipage, inopinément, comme une bordée de neige à la fin du printemps. Ils étaient quarante-seize. J'étais seule. Ils m'ont encerclée, menacée. Attaquée. J'esquivais les coups. Je bravais la mort. J'avais déjà perdu plusieurs bras quand j'ai eu du renfort.


Cet après-midi, le papa de ton équipage, un pur inconnu, a eu quatre ans un peu. Le geste hasardeux et le cri incertain, il est passé à l'attaque. Il n'avait pas ton assurance, mais il avait la force de l'odeur d'une poche de hockey et savait se battre. C'était insuffisant, vous gagniez.


Cet après-midi, mon papa aussi a eu quatre ans. Il ne pouvait pas me laisser mourir autant de fois en restant impuissant. Il a fait comme toujours, il a volé à mon secours. Lui, sa fougue et ses feuilles mortes vous ont attaqués, imprévisibles, alors que vous vous étiez confortablement assis sur vos lauriers comme les Canadiens quand ils mènent en première période. Et je suis morte pour une cinquante-treizième fois, pour la forme, mais surtout pour le regarder rire comme un enfant. Mon père.


Et parce que mon papa, c'est le plus fort, vous avez capitulé.


Et j'ai trouvé que c'était un peu ça, le bonheur : regarder mon père, même à soixante ans, en avoir quatre avec toi.



dimanche 28 septembre 2014

Nous sommes

Nous sommes. 
Il a quelque chose de permanent, le verbe être. 
Non? 

Un dimanche soir pareil à tous les autres dimanches soirs, ta Terre a cessé de tourner. Le téléphone avait sonné. Sa sonnerie n'avait pourtant rien de particulier. Aucune musique dramatique ne s'était subitement mise à jouer. La lumière n'avait pas changé. Rien ne laissait présager. Tu avais répondu innocemment. En croyant qu'ils étaient. Qu'ils seraient toujours. Ou du moins longtemps.

Tu as su qu'ils n'étaient plus. Jamais. Que toi non plus, tu ne serais plus complètement. Du moins pour longtemps. 

Tu m'avais appelée. Le téléphone avait sonné. Sa sonnerie n'avait pourtant rien de particulier. Mais ma Terre s'était un peu arrêtée. Pendant que les enfants s'arrosaient dans le bain, mon impuissance ruisselait sur mes joues. 

Et tu avais tant à penser alors que tout ce que tu aurais voulu, c'est t'écrouler. Et tu avais ce petit homme, dans ton ventre, que tu devais protéger. Protéger de cette douleur que tu voulais lui éviter. Parce que tu ne voulais pas donner la vie dans la mort. Parce que tu n'étais pas seule dans ton corps.

Et tu es restée debout. Alors que tu aurais pu t'écrouler. Tes racines avaient été arrachées, mais tu n'as pas laissé l'ouragan t'emporter. 

Tu ne savais pas comment faire, quand ta Terre s'est doucement remise à tourner. Comment vivre le bonheur d'une naissance dans la douleur de la mort? Et toutes ces premières fois sans leurs mots, sans leurs voix? Tu devais réapprendre à marcher, seule cette fois. Sans leur aide, sans leurs bras.

Mais tes pieds étaient solides, même s'ils avaient parfois envie de s'écrouler. Tu avais d'autres petites vies à t'occuper. Tu as pris soin de ceux qui sont. Et tu as continué à être, malgré la tempête. 

Maintenant, je sais que tu sais mieux que moi que nous sommes, oui, mais ne sommes pas permanents. 

Et je le sais un peu plus, avec toi.

Tu es forte, mon amie. Plus que tu ne le crois. 


dimanche 7 septembre 2014

Des mots plein la tête



Parce que, des fois, il y a des mots qui auraient avantage à nous rester en tête, il vaut mieux les mettre dans sa tuque.


C’est pourquoi l’Insomniaque sa muse attache ses mots avec d’la broche à l’intérieur des tuques de La folle à la machine. Pour joindre l’agréable à l’agréable, La folle et l’Insomniaque s’amusent à la machine.


Choisissez bien votre tuque.


Choisissez bien les mots.

Parce qu’une fois dans la tuque, les mots ne sont pas loin d’être en tête…


Pour des photos, pour plus de détails, pour tout achat ou bedon pour des tuques ou des messages plus personnalisés:


L'insomniaque sa muse


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lundi 1 septembre 2014

L'amour lent

J'ai toujours eu l'amour lent. Je tombe amoureuse avec beaucoup de retenue. Probablement parce que j'ai jamais aimé tomber, ça fait toujours un peu mal. J'ai toujours eu l'amour qui prend son temps. Il faut être patient, le regarder grandir, parfois fleurir, mûrir, mais trop souvent flétrir, s'évanouir, mourir. J'ai toujours eu l'amour sélectif. Il réfléchit beaucoup. Trop. Beaucoup trop. J'émotionne fort, c'est vrai, mais encore faut-il que j'émotionne. Et j'ai toujours eu le feu de paille détrempé.


Pis là, lecteur qui s'attend à une histoire de princesse, tu vas être déçu. Parce qu'il est rare que mes mots soient aussi graves. Qu'ils viennent d'aussi loin.  Ne me juge pas, lecteur compréhensif. Je ne t'ai pas jugé, moi, l'autre jour, quand je t'ai pogné en train d'écouter du Lara Fabian. Ne juge pas mes mots, je t'avertis, ils sont gros.


J'avais accepté que mon char se promène sur le break à bras.


J'avais accepté que la foudre s'abstienne de m'assommer.


Et j'avais accepté cette flamme qui vacille à chaque coup de vent.


Par contre, j'ai moins bien accepté que l'amour prenne son temps même avec mes enfants.


J'avais cette peur, de ne pas aimer assez. Parce que j'ai l'amour lambineux, tu le sais. Et j'ai beaucoup écouté l'expérience parler. Elle m'a raconté qu'une mère aime intensément dès les premiers moments. Elle m'a affirmé que c'était viscéral, instantané. Elle m'a convaincue de ne pas m'en faire. Je l'ai crue, que pouvais-je faire d'autre?


Et elle est née.


Et j'aurais tué, pour qu'elle vive. J'aurais assassiné pour la sauver. C'était nouveau comme pulsion. C'est d'ailleurs la seule fois où j'ai pu croire à l'instinct. À une programmation animale venue de la préhistoire, plus forte que mon éducation, que ma raison. C'était fort. C'était intense. Intensément fort.


Mais ce n'était pas de l'amour. Pas au sens où je le ressens.


Je n'aimais pas ce petit être qui venait de moi tout simplement, je le sais maintenant, parce que je ne le connaissais pas. J'aimais ses yeux aux iris volumineux, ses doigts pleins de phalanges et même son nombril protubérant. Mais elle? Qui était-elle?


Comment pouvais-je aimer ce qui m'était encore inconnu?


Peut-être parce que je ne la comprenais pas. Peut-être parce qu'elle pleurait allègrement. Peut-être parce que je ne suffisais pas à la rendre confortable, ou bien encore parce que je suffisais trop, je ne sais pas. Peut-être parce que la neige a beaucoup trop neigé cet hiver-là. Peut-être parce que je monologuais un peu trop souvent. Probablement parce que mon sommeil a décidé de foutre le camp. Et que finalement, les besoins de base n'ont pas beaucoup à nous apprendre sur un enfant... Fouille-moi pourquoi. Mais j'ai encore une fois eu l'amour lent.


J'aurais préféré m'y attendre. J'avais peur. De ne pas ressentir à la hauteur.


Et le temps a passé. Et la paille a séché. S'est allumée. S'est finalement embrasée, tu le sais. J'ai appris à la connaitre, à l'aimer. À partir du moment où j'ai pu la découvrir sur d'autres bases que son sommeil excessivement entrecoupé, ses pleurs démesurés et son appétit effréné, j'ai su l'aimer. Quand j'ai vu sa curiosité, son calme, son intelligence, sa joie, sa naïveté, là, pour de vrai, au sens où je le ressens, je l'ai aimée. Elle. Ce qu'elle était. Vraiment.


Et quand j'ai aimé, j'ai aimé. Tellement. Tant.


J'aurais préféré m'y attendre. Ça m'aurait empêché de m'inquiéter.


La deuxième fois, j'ai accepté que j'avais le sentiment différent de ce que l'expérience m'avait juré. J'ai accepté que ce serait fort, mais que je prendrais du temps à connaître, à aimer au sens où je le ressens, moi. Parce que je savais que ça viendrait quand il me montrerait qui il était. Lui. Pour de vrai. Parce que je savais que ce n'est pas le nombre d'heures qu'il dormirait qui ferait de lui un bon ou un mauvais bébé, qu'il faudrait que j'attende pour voir sa vraie personnalité. Parce que même si, comme sa sœur, il avait le pleur déterminé, je saurais lui trouver d'autres qualités. Parce que je savais désormais que je ne passerais pas ma vie à monologuer, j'ai eu la patience d'attendre d'aimer.


L'expérience tait souvent ces mots qui sont gros, graves. Parce que les autres sont plus beaux, légers. Maintenant, je le sais.


J'ai aussi compris que je n'ai pas vraiment l'amour lent, j'ai plutôt l'amour vrai. Il attend de savoir qui il a à aimer, pour aimer vraiment.

lundi 4 août 2014

L'adulte ère


C’est en mettant la table que me revient un bout d’enfance.

Jadis, dans un passé pas si lointain, dans mon monde, chaque ustensile avait sa propre personnalité. Le couteau était l’ami gai de la cuillère qui, elle, était la gentille dans la pièce de théâtre de mes repas. La cuillère était naïve, mais honnête. Naïvement honnête. Et le couteau la protégeait grâce à sa poigne de métal et à ses dents au moins assez fortes pour couper du beurre déréfrigéré. Tous les deux avaient la bonne humeur assez égale et le bonheur facile. La fourchette, elle, par contre, il fallait s’en méfier. C’était la bitche, l’hypocrite. Elle pouvait piquer n’importe qui dans le dos. Elle était jalouse et la cuillère devait s’en méfier. Pourtant, celle-ci lui accordait toute sa confiance : dans sa grande bonté, elle percevait plutôt toute la souffrance derrière les actes méchants de cette folle dangereuse et lui pardonnait, ostensiblement. Ustensilement.

Dois-je vous dire que mes repas étaient littéralement des téléromans?

Maintenant, j’ai grandi. Je me suis assagi. Je suis une personne occupée. Avec un agenda et un horaire. À l’heure des repas, j’ai bien d’autres chats à fouetter. Je ne fais plus vivre de drames à mes ustensiles. Ils sont sages, maintenant. Ils restent sur la table, rangés, bien à leur place : la fourchette à gauche, isolée des autres parce qu’elle n’a jamais réussi à s’entendre avec eux finalement, m’imagine-je. Le couteau à droite, lame tournée vers l’assiette pour mieux regarder la cuillère qui se trouve à sa droite, petite, délicate, innocente.

Et je songe.

Et je me questionne.

Je me demande : qu’est-ce qui s’est passé pour que j’en vienne à placer correctement les ustensiles sur la table? Comment en suis-je donc arrivée là?

C’est ÇA, être adulte? C’est oublier que la cuillère devrait enfin apprendre à s’affirmer, qu’il serait temps que le couteau fasse son coming out et que la fourchette se paye une thérapie? Être adulte, c’est suivre des conventions sur lesquelles on a craché toute son adolescence parce qu’on ne voulait pas se plier à des règles sans aucune utilité? Être adulte, c’est placer les ustensiles sur la table de la bonne façon parce que c’est comme ça, c’est tout? Parce que, sans rire, mon patron au resto dans mes folles années universitaires a bien tenté de me convaincre qu’il y avait une utilité derrière cette convention. Mais entre toi et moi, lecteur insoumis, j’ai opiné du bonnet avec un brin d’incrédulité dans l’œil pour lui faire plaisir. Dans mon for intérieur, je lui faisais un doigt d’honneur.

Et la casquette, à la table? Hein?!? Je m’en insurge, maintenant que je suis une adulte. Maintenant que je suis une personne sérieuse! Et je l’enlève à mes enfants pour être certaine qu’ils ne manquent pas de respect! Parce que t’as beau avoir le plus beau sourire du monde et le merci léger, si t’as UNE CASQUETTE À TABLE, FRANCHEMENT, quel manque de respect!!! Pourtant, je me souviens d’une époque pas si lointaine où je portais des chandails « Anarchy » pour aller manger au Québec Inn à la fête des mères. Juste pour faire le contraire de ce qu’on s’attendait de moi. Mais maintenant, je suis grande. Je suis sérieuse, moi. Je suis adulte!

Pourtant, mon for intérieur a encore le goût de faire des fingers pis des pièces de théâtre avec mes ustensiles. Et mon for intérieur rit de moi quand je tente de trouver des explications logiques à cette casquette qu’on doit enlever par respect. Et à cette fourchette qui va à gauche. Parce que mon for, lui, il la connait, la vraie raison derrière les conventions. Et il me la crie avec son chandail « Anarchy » pis ses Doc Martens. Il s’époumone sur un fond de Bérurier Noir qui joue trop fort :  « C’est pour creuser le clivage entre les classes sociales!!! Les riches savent se tenir, c’est bien connu! » (Il parle ben, pareil, mon for intérieur, hein, même s’il s’habille mal?) Et il continue : « Pour vrai, là. Ça ferait quoi, à part salir un peu, si on mangeait avec nos mains? Ou si on empoignait nos ustensiles plutôt que de les tenir du bout des doigts, l’auriculaire dans les airs? Si on rotait entre deux bouchées de tartare? (D’ailleurs, pourquoi le juge-t-on tant, ce pauvre rot???) Si on portait un casse de bain en dégustant de la bavette? Si on mettait nos coudes sur la table? Si on parlait fort? Si on ne plaçait pas notre tite napkin sur nos genoux? Me semble que les repas seraient plus spontanés. Me semble que c’est pas ÇA, le respect. Me semble qu’on aurait peut-être l’air de pas savoir vivre, mais qu’on serait capables d’avoir du fun en viarge par exemple!!!! »

Et là, comme toutes les fois où mon for me parle fort, j’ai envie de me faire faire un mohawk.

Et je suis soudainement tirée de ma conversation intérieure parce que je reçois sur la joue les patates pilées que mon gars est en train de propulser avec son innocente cuillère et qu’il faut que je lui explique que ses ustensiles, ce n’est pas pour jouer à la bataille des Anglais et des Français parce que ça salit et que ça gaspille pis qu’il y a des enfants dans le monde qui ont faim, eux, pis que c’est pas si tant agréable, finalement, de recevoir des patates sur la joue… (Pendant que mon for intérieur tonitrue qu’il veut être les Français, lui!!! Qu’il lance ben plus loin que mon fils, qu’il a un plus gros motton de patates et qu’il va gagner, c’est certain!!!!)

Bref, être obligé d’enseigner des règles qu’on n’a pas tant envie de suivre, c’est un peu ça, être adulte, j’imagine…

mercredi 23 juillet 2014

Ma vie avant ma vie

En psycho, au cégep, j'ai dû faire un travail long sur ma vie avant ma vie. "Ah, la psycho!" soupires-tu probablement en ton for intérieur, lecteur dégoûté. Nenon! Détrompe-toi! Sache qu'avant même de vivre, j'avais déjà du vécu.


D'abord, j'ai failli me faire tuer à 3 reprises. Ça te rend l'extra-utérin alléchant, ça. Pis pas juste un peu tuer, là. Beaucoup tuer!


Pour faire une histoire courte : au travail, ma mère s'est sauvagement fait attaquer par un classeur. Un escalier complet s'est littéralement dérobé sous ses pieds alors qu'elle tentait simplement de le descendre (peut-être avait-il peur de la mort? ... descendre... descendre... ok, ok... je la travaille celle-là.) Et pour couronner le tout, une charrue a férocement embouti la voiture dans laquelle je me trouvais, bien endormie contre mon placenta.


Je connais la réplique qui te vient à l'esprit, lecteur espiègle. Je le vois, ton air taquin, ton sourire en coin et ton sourcil relevé qui veut me dire : "Aaaah, ça explique tout!" Non. Ça n'explique pas tout. Je pourrais te conter la fois où mon père m'a oubliée à la disco, au primaire. Ou bedon celle où il a négligemment jeté ma perruche morte, Pico de son prénom, dans la grosse poubelle verte de l'entrée en me pensant trop épaisse pour la trouver là. Ou encore toutes ces fois où il racontait mes pires bévues devant chacun de mes nouveaux chums. Ça, ça explique tout!!!! Mais bon. Je ne le ferai pas. Tu connaitrais alors l'ampleur de ma folie...


Il y a toutefois une chose que j'ai apprise en rédigeant ce travail long : j'aurais dû avoir un jumeau. Ou une jumelle. Pour faire bref, je sais ben que tu n'as pas que ça à faire, lire ma vie avant ma vie, lecteur impatient que j'en vienne à mon sujet, (ben non, je n'y suis pas encore... Je suis encore dans l'intro. Tu peux comprendre que moi, les travaux longs, je m'y sentais à l'aise!) les médecins ont découvert un deuxième placenta dans le ventre de ma mère, quelques jours après ma naissance, après que ma mère ait saigné, hémorragiquement parlant, tout le sang de son corps. Ils lui ont expliqué qu'il y avait eu un deuxième fœtus. J'avais donc vécu jusqu'à ma naissance avec mon jumeau mort! (Ou du moins avec son placenta, mais la phrase est plus forte si je la dis comme ça...)


Il n'en fallait pas moins pour que ma prof de psycho me trouve soudainement extraordinairement intéressante et me questionne publiquement : "As-tu toujours trouvé qu'il te manquait quelque chose?"


Il n'en fallait pas moins non plus pour que mon imagination s'emballe, trouve un nom à ce jumeau mort et le culpabilise pour toutes les fois où la vie m'avait fait une jambette ou un clin d'oeil. Ces nombreuses fois, quand j'étais petite, où je pensais à quelqu'un juste avant de le rencontrer par hasard. Cette fois où je me suis râpé le côté gauche du corps sur l'asphalte en rollers juste après m'être dit que finalement, j'étais bonne en rollers. Cette autre fois où juste avant de grimper en sens inverse sur le mur central de Du Vallon, mon cerveau avait eu la brillante idée de trouver que je conduisais bien. Ou encore, la fois où, jadis, époque où les cellulaires n'appartenaient qu'aux riches dealers de drogue - les autres se contentant des pagettes - j'avais vraiment eu besoin d'appeler en faisant l'épicerie et m'étais répété tout le long des longues rangées du Maxi, qu'un cellulaire, ça aurait tellement été pratique, que j'aurais pu appeler en marchant, que j'aurais assouvi immédiatement mon besoin immédiat et qu'il aurait donc été pratique... avant de trouver, au fond du panier, camouflé entre un avocat et une carotte... un cellulaire! Perdu, probablement... Ou APPARU juste avec la force de ma pensée!!! Cette fois aussi, où je suis montée chez ma vieille voisine d'en haut à 8 heures du matin, sous prétexte que j'avais entendu un bruit sourd dont la provenance m'était inconnue et que personne d'autre que moi n'avait entendu. J'avais cogné dans sa porte d'en arrière. J'avais cogné dans sa porte d'en avant sous l'œil découragé de mon ex qui tentait de me convaincre qu'ils étaient partis. J'avais cogné de façon un peu trop insistante malgré ses protestations. J'avais même appelé la police après qu'il ait décidé que j'étais folle et qu'il allait déjeuner paisiblement, lui. Je parlais au 911 quand j'ai entendu ma vieille voisine geindre. Elle bredouillait des incohérences. Ça lui a pris 15 minutes pour ramper sur le sol et venir débarrer la porte. Ses 70 livres d'os s'étaient effondrées sur le tapis commercial imprégné d'une odeur d'humidité et de vieux pipi, lui fendant le crâne garni d'une chevelure qui ressemblait étrangement à un seul gros rasta qu'on avait envie de laver et de brosser pour lui redonner un peu de jeunesse. La police m'a remerciée. Elle aussi, plus tard.


Et toutes ces autres fois où j'ai trouvé la bonne personne, au bon endroit, au bon moment. Et celles aussi parfois où c'était moi, la bonne personne, au bon endroit, au bon moment. Je me demande.


Je me demande beaucoup. Parce qu'en bonne athée que je suis, je n'aime pas qu'on ait inventé l'existence d'une divinité pour expliquer l'inexplicable. Mais reste qu'il y en a beaucoup, d'inexplicable. Certains appellent ça le hasard, la coïncidence. D'autres, la Vie. D'autres encore parlent d'anges gardiens. Moi, j'aime bien mettre tout ça sur le dos de mon jumeau. Parce que c'est drôle. Et parce que j'aurais bien aimé qu'il vive pour lui mettre sur le dos la fois où j'avais cassé ma banque en céramique parce que j'incrédulisais devant l'évidence qu'elle se casserait si je la laissais tomber sur le plancher de ma chambre. Pis aussi un peu parce que j'aime bien penser que j'ai quand même grandi avec lui. Comme avant ma naissance.


C'est peut-être, après tout, ma façon à moi de faire en sorte qu'il ne m'ait pas toujours manqué quelque chose.





lundi 14 juillet 2014

Toi qui n'as pas de graines de muffin dans le fond de ton char

Toi, lecteur indécis qui ne sait pas s'il aura des enfants. Toi qui as encore le temps d'y réfléchir. Toi qui branles dans le manche. (Non, mais, ça vient d'où, cette expression-là?!?) Toi qui vas au festival d'été sans te soucier d'apporter des lingettes humides ou des collations. Toi qui manges un bol de céréales, le soir, pour souper, quand t'as envie d'envoyer paître Ricardo. Toi, là, qui se lèves régulièrement au-delà de 7 heures le matin. Toi, oui, toi! J'ai quelques mots à te dire, avant que le manche se stabilise pis que t'arrêtes de branler d'dans. (!!!??!)


Des kids, c'est du temps plein.


Je le sais, que tu le sais, t'es pas un con! Je sais que tu sais que la nuit aussi, t'es le parent de ton enfant faque que c'est toi qui dois ramasser le pipi ou le vomi entre un rêve où Louis-Jean Cormier te demande en mariage et un autre dans lequel la fin du monde te force à empaler désespérément, pour ta survie, un chat nébuleusement atterri dans ton canot au moment où tu pensais sérieusement à te bouffer une main. Je sais ben que tu sais que le matin, tu peux pas le laisser mariner (ton kid! pas Louis-Jean. Ni le chat empalé.) dans son bol de lait renversé devant la télé que tu tentes tant bien que mal de lui ploguer pour t'accorder un sursis de quelques minutes de sommeil. Je sais que tu sais ben que tu vas devoir applaudir des bottés de marde au soccer. Je sais.


Ce que je ne sais pas si tu sais, c'est que plus tu investis d'énergie et de temps, avec des kids, plus c'est payant.


D'abord. Tsé, gérer une crise de 10 minutes, ça te demandera pratiquement autant d'énergie que d'aller t'entraîner une tite heure. En plus, tu devras ajouter à l'énergie dépensée un fort contrôle de toi-même, un sentiment d'incompétence parental et parfois même, si c'est devant public, une légère touche de honte. Et le pire, c'est que cette crise, tu la verras venir. Ton réflexe de défense sera naturellement de tout faire pour éviter cette dépense ridicule d'énergie. Parce qu'on s'entend : prendre 10 minutes dans la course folle du matin pour calmer les hurlements dramatiques de l'enfant qui n'a pas la bonne couleur de bobettes, c'est plutôt futile. Donc, en personne raisonnable que tu es, tu tenteras d'éviter la dépense inutile d'énergie. Mais tsé, quand la crise que tu n'auras pas réussi à éviter sera entamée, que les convulsions auront débuté, que l'écume sortira de la bouche rugissante de ton enfant au visage déformé par la rage de n'avoir pas de Nutella dans sa sandwiche, c'est là qu'un problème grave pourrait survenir : l'achat de la paix.


L'achat de la paix, c'est une façon de négocier les crises en donnant immédiatement à l'enfant ce qu'il veut pour éviter une dépense d'énergie qui semble stérile.


Mais non, lecteur à la liberté encore intacte. Non! C'est un piège! N'y tombe pas. Ne lui mets pas de Nutella en te disant que la prochaine fois, ça ne se passera pas comme ça!!!! Laisse-lui ses bobettes bleues et ne t'imagine pas que tu sauves du temps à lui mettre les rouge parce qu'il crie pour les avoir!!!! Phrase importante : l'énergie que tu ne dépenseras pas à ce moment, tu devras la dépenser de façon exponentielle plus tard, crois-moi.


Ensuite. Je sais ben que tu sais que le kid, il s'occupe pas toujours tout seul. Je sais que tu sais ben que tu devras passer du temps avec lui. Je sais que tu te dis, comme Stéphane Laporte, que dans ton temps, les kids de la rue jouaient ensemble pis que les parents ne s'en mêlaient pas. Et je dois t'avertir : jouer avec un enfant, c'est cool pendant un temps, mais ça fait son temps. Pis vient un temps où jouer te prend plus d'énergie que d'aller faire ton épicerie un 24 décembre en pleine tempête. (Pis des fois, en fait, t'as plus envie d'aller faire ton épicerie un 24 décembre dans la tempête.) Pis il faut que tu saches : texter pendant que son enfant joue, c'est bon pour son autonomie. C'est non négligeable. Mais c'est insuffisant. Jouer avec lui - à terre parfois, ben oui! - c'est bon pour ben d'autres tites affaires qui lui seront tout autant utiles que l'autonomie dans la vie : le langage, mettons. Les règles, aussi. Mais jouer à quatre pattes, je ne pense pas te l'apprendre, c'est moins agréable que de texter. (Pis si ton IPhone est mort noyé, tu peux même oublier ça.) Faque tu peux pas juste texter. Dommage. De toute façon, si tu t'installes confortablement pour relaxer quelques minutes, c'est bien connu : le verre que ta progéniture tient se renversera automatiquement ou le contenu de son assiette s'évanouira subitement sur le sol ou il aura fini son caca et te chantera de venir l'essuyer ou il aura probablement enduit la télé de crème solaire ou bedon il se sera coupé un bout de doigt avec les ciseaux qu'il aura dénichés dans le tiroir de la cuisine.


Par ailleurs, si tu choisis l'option "reproduction" :


Oublie les conversations ininterrompues.


Sache que ton char, peu importe son état actuel, est propre.


Le caca deviendra inévitablement un sujet de conversation.


Tu t'inquièteras pour le restant de tes jours.


Quand tu partiras 2 heures, tu auras l'impression de partir 2 semaines.


L'heure où tu sors dans les bars deviendra l'heure où tes partys se termineront.


Le café, c'est bon froid.


Le steak, c'est bon froid.


Faire pipi seul, c'est du passé.


Les vêtements (leur couleur, leur tissu, leur étiquette, leurs dessins, leurs rayures, leur longueur, leur grosseur de trou de tête, leurs taches, leur longueur de manches...) peuvent devenir source de conflit.


Si tu trouves que ta blonde change d'idée souvent, t'as rien vu.


Couper des ongles, mettre de la crème solaire et partir à la guerre ont quelque chose en commun.


C'est pas tout, mais c'est un bon départ. Je voulais que tu saches, lecteur qui ne connait pas encore le bon dosage d'Advil à donner à un kid de moins de 2 ans. Je ne pense pas t'avoir convaincu de te reproduire, je sais. Si tu veux des mots réconfortants, tu peux aller lire ceci ou bedon, ça, ou encore celui-là, ou lui, c'est encore mieux... ou ben lui, tu vas tomber sous le charme... Mais je voulais juste que tu saches. C'est facile d'idéaliser, de rêver, de s'imaginer, de s'inventer une réalité, d'emmieuter, de se leurrer, de fabuler, de nier les difficultés. Mais dans la réalité, me semble qu'on ne peut pas tant que ça se tromper. Encore moins faire les choses à moitié.


Les kids, c'est le plus beau défi d'une vie. Mais un défi, on ne le relève jamais sans un peu de broue dans l'toupet.


Faque ton courage, attache-le dans ta tuque avec d'la broche, pis lance-toi tête première et yeux ouverts. T'es capable, même si c'est pas facile.





mercredi 9 juillet 2014

Québécois, je t'aime

On dit que ce qui se passe à Cuba, reste à Cuba. Il m'est alors impossible de partager avec toi, lecteur jaloux, certaines de mes réflexions de bord de mer arrosées de drinks trop sucrés et d'eau trop salée. Tu ne connaîtras donc pas toutes ces interminables et inévitables discussions autour de la texture de nos selles qui allègent invariablement le niveau de langage de chacun de mes voyages. Je ne te raconterai pas non plus de long en large la protubérance sur le mur du resto de fruits de mer qui ressemblait étrangement à un énorme vagin que deux immenses mains auraient ouvert, ni la brillante idée que nous avons eue d'y glisser notre tête pour simuler notre naissance. Tu ne pourras pas rire des nombreux jeux de mots que nous avons ensuite créés avec "noune" puisque noune sommes pas autorisées à les rapporter de là-bas. Tu ne liras pas l'histoire de notre porte qui n'ouvrait plus et des 4 balcons du premier étage que j'ai dû traverser telle Spiderman, au grand désespoir du personnel de l'hôtel qui jugeait cette mission téméraire et impossible, dans le but vénérable de réussir à ouvrir notre porte-patio et ainsi sauver notre soirée et tooooooute notre avant-midi de plage du lendemain. Je ne pourrai malheureusement pas non plus te parler des longues soirées pleines d'étoiles et de lunes orange, ni de tout ce temps qu'on regardait passer, ni du bonheur à n'avoir, pour une semaine, aucune bouche à essuyer, aucun petit corps à coucher, aucune larme à consoler, aucun chiâlage à calmer lors de la séance d'épandage de crème solaire. Il n'est surtout pas question d'aborder le sujet du regard affamé des Cubains, ni de leurs trop nombreux compliments et encore moins des quelques propositions de mariage lancées avec la même légèreté chaque fois et à chaque fille. 

Non. De tout ça, je ne peux pas en discuter.

Par contre, j'avais envie de t'avouer une chose, lecteur envieux. Ça me démangeait de te la partager puisque trop souvent, on la tait. J'ai beaucoup pensé à toi, Québécois, et je dois te dire que, vraiment, viscéralement : JE T'AIME.

Je t'aime parce que la femme, tu te gardes une tite gêne, quand tu la regardes. Je t'aime pour ce respect qui t'empêche de lui dévorer le corps des yeux, même si cette envie peut être flatteuse pour elle, parfois.  Je t'aime pour cette intensité que tu ne distribues pas aléatoirement, à la première venue. Je t'aime puisque malgré que tu ne danses pas si bien, tu sais néanmoins t'amuser. Je t'aime parce que je peux avoir de longues conversations avec toi sans sentir que je te dois une baise ou une fellation. Je t'aime parce que tu choisis précautionneusement celle que tu demandes en mariage. Parce que tu n'as pas le compliment volage. Je t'aime, Québécois,  parce que tu aimes assez la Québécoise pour te forcer à regarder qui elle est, pas juste dans son décolleté.

Merci, Québec, de me permettre de côtoyer des hommes qui savent à la fois désirer et respecter.

Québécois, you rock! (Mais tu pourrais quand même un peu apprendre à danser...)