jeudi 31 décembre 2015

La fin du Perno

Juillet 2008.

La soirée est douce. Par la fenêtre ouverte de la voiture, on sent que la chaleur de la journée baisse un peu les bras pendant que toi, derrière, ce sont tes paupières que tu as enfin laissé tomber. L’air sent l’été, les feuilles, le gazon coupé, l’humidité, l’asphalte chaude et la peau brûlée. Le fleuve reflète les lumières des ponts, c’est beau. Et de l’autre côté, de petites lumières brillent. Celles de Lévis. Celles plus loin de l’île d’Orléans. Et j’ai hâte de te raconter que s’il y a de si petites lumières, c’est qu’elles éclairent les maisons de minuscules lutins. Pas plus hauts que toi. Qui dansent le soir. (Me semble que des lutins, c’est inévitable, ça danse le soir, non?)  J’ai hâte que tes oreilles soient assez grandes pour entendre un peu de magie. Que tes yeux brillent en imaginant les mots qui s’enchainent. J’ai hâte de t’inventer des histoires et qu’elles dansent dans ta tête comme du feu et qu’elles allument tes rêves et qu’elles vivent un peu. J’ai hâte que des traces d’oiseaux dans la neige deviennent des pas d’ogres nains mangeurs de bas dans la sécheuse. Que les coquillages aient servi de p’tit change à des sirènes. Que Georgette, notre amie imaginaire, ait dévoré tous les biscuits au caramel pendant la nuit.

En roulant sur Champlain, je ne sais pas encore qu’un jour, je jouerai à la fée des dents en  couvrant ma tête d’une doudou en guise de turban, question d’être un peu plus méconnaissable si tes yeux s’ouvrent, et mes pieds de gros bas pour éviter qu’ils fassent du bruit sur le plancher flottant. Je ne sais pas que je t’écrirai une lettre en son nom, un jour, parce qu’à ta cinquième dent, j’aurai oublié de venir porter les sous pendant la nuit. Je ne sais pas non plus que tu la garderas pendant des années sur la tablette à côté de ton lit et qu’il sera hors de question que je la jette. Je ne sais pas que je ferai comme des milliers d’autres parents et que j’imaginerai chaque soir, avant Noël, des mises en scène diaboliques de freaking lutins. Je ne sais pas que ton frère et toi m’entendrez, un soir, mettre du Saran Wrap dans la porte de votre chambre et que je mentirai en affirmant que je pliais du linge. Devant votre porte de chambre. Avec un fond de bruit de Saran Wrap, ben quoi, ça arrive souvent, ça!... Je ne sais pas encore que tu te souviendras, des mois plus tard, que ce sont eux qui t’avaient donné les cocons de papillons lune alors que je serai en train de raconter à une amie que c’est un gentil collègue de travail qui me les avaient fournis. Je ne sais pas qu’un jour, trop tôt, tu remarqueras que le cadeau du lutin est emballé du même papier que ceux que j’ai moi-même emballés et que tu me regarderas d’un air sceptique, sourcil droit relevé, quand j’inventerai que je les ai entendus prendre mon papier pendant la nuit.

Je ne sais pas, en ce soir d’été, combien de fois je me demanderai à quel moment je devrai arrêter de te raconter. De te mentir un peu. Je ne sais pas encore à quel point je préfèrerai cette lumière dans tes yeux à la réalité. À la vérité. Je ne sais pas qu’un jour, tu regarderas le Père-Noël en me chuchotant à l’oreille qu’il porte une fausse barbe. Je ne sais pas encore à quel point ça me rendra triste quand je te demanderai ce que ça veut dire et que tu répondras que c’est parce qu’il n’existe pas. Tu ne sauras pas, ce soir-là, à quel point je serai tiraillée entre te laisser vieillir et te garder encore un peu une enfant. Tu ne sauras pas à quel point j’aurai envie de t’inventer autre chose pour justifier la fausse barbe et le costume un peu délavé. Tu ne sauras pas non plus que ce moment représentera pour moi  le début de la fin de la magie. Une autre parcelle d’enfance qui s’envole, qui tombe comme ces petites dents que je garde pour toi dans une bouteille de pilules. Tu ne sauras pas ce que ça me coûtera de confirmer ta certitude vacillante en souriant et en te demandant de laisser ton frère y croire encore, lui.

Je ne sais pas encore. Parce qu’en ce soir de juillet,  j’ai juste hâte. Très hâte.


De te voir vivre ton enfance.







mercredi 2 décembre 2015

Bonheur facile

Charlotte a huit ans. Elle a de grands yeux étoilés et de jolies joues roses. Charlotte ne marche pas, elle gambade. Elle ne court pas, elle vole. Elle ne parle pas, elle s’exclame. Ses cheveux sautillent au rythme de ses pas légers. Elle aime faire des bonhommes de ketchup dans son pâté et respirer l’odeur de la forêt près de chez elle après que la pluie ait pleuré.

Charlotte aime regarder, le matin, les couleurs du soleil se transformer, se diluer et finir par s’estomper. Dans la fenêtre du deuxième étage, les nuages deviennent roses et orange et jaunes et bleus et mauves. Chaque matin, Charlotte regarde le ciel, comme si c’était la première fois,  se colorer, s’illuminer.

Charlotte aime les livres, les bonbons, les crêpes au chocolat et les crayons qui sentent bon. Elle aime le spaghetti à Mamie, l’odeur du feu, du gazon, des feuilles d'automne, des draps propres, des guimauves et du savon.

Charlotte aime les lumières de Noël, la musique classique, les pâtes blanches, le bruit des vagues, rire des blagues, la glace qui craque sous ses pieds et le hockey. Elle adore les roches, les coquillages, la lune, le sable et les étoiles. Surtout celles sur l’épaule de sa maman.

Depuis quelques mois, déjà, le papa et la maman de Charlotte n’habitent plus ensemble. Tout a changé, c’est vrai. Elle a maintenant deux maisons, deux chambres qu’elle partage avec son petit frère, un foyer où elle peut manger des guimauves chez son papa et un chat à qui elle lance des balles avec un grelot chez sa maman.

Charlotte a gardé, malgré tout, ses joues roses et son sourire, contagieux et doux. Et si Charlotte a le bonheur facile, c’est à cause de ses yeux. Ils regardent toujours le beau, le joli, le merveilleux. Le sucré, le brillant, l’adorable, le mieux. Le coloré, l’éblouissant, le lumineux. Et surtout, un peu de fou. Chaque jour, dans tout.

C’est à cause de ces étoiles qui habitent dans ses yeux que son bonheur la fait gambader. Celles qui brillent comme ce soleil qui, chaque matin, continue d’éclairer le même ciel en colorant de rose, d’orange, de jaune, de bleu et de mauve ces nuages qui ne font que passer.

Charlotte est riche. Riche d’une richesse que personne ne peut voler. Ses yeux sont un trésor que même la plus grande fortune ne pourrait acheter.


vendredi 28 août 2015

Celle qui fait pousser des enfants

Aujourd'hui, mon petit grand garçon quittait la garderie pour la maternelle et bientôt l'université. Il quittait, du même coup, la femme magnifique qui a pris soin de sa sœur et de lui depuis le tout début, il y a presque huit ans. Une femme éternellement jeune. Au cœur immense. Je n'avais pas vraiment les mots pour la remercier, ils devaient être grands. J'ai tenté ceux-ci, qui m'apparaissent encore trop petits :




Il y a ceux qui passent dans notre vie. Et ceux qui y entrent. Et y changent quelque chose. Et la rendent plus belle à force de faire partie du décor. Qui deviennent indispensables. Qui mettent de la vie dans la vie, pis des sourires qui n’en finissent plus de rire. Ceux qui y rajoutent de la musique, de la folie, tout plein, pis des yeux mouillés, pis des bras qui consolent pis des pieds qui dansent. Il y a ceux qui prennent de l’importance. Pis leur temps. Tout le temps. Il y a ceux qui aiment. Vraiment.



Et parmi eux, il y a elle.



Celle qui passionne. Celle qui rayonne. Celle qui sait si bien faire grandir les enfants. Qui les fait devenir grands. Celle qui trouve toujours le bon, la solution, la résolution. Celle-là même qu’on aime. Parce qu’elle a été là. Tant et tellement. Tout le temps. Parce qu’elle avait toujours un sourire plein de dents. Pis un calme évident, constant. Pis parce que tout ça, pis parce que mon plus petit est devenu un peu grand, je veux lui dire merci. Merci d’avoir changé quelque chose dans nos vies. Merci de toute son énergie. De ce qu'elle est, d’aimer ce qu’ils sont. De sa douceur, de sa passion. Merci. Merci, mille fois, merci.



Parce qu’avec elle, moi aussi j’ai grandi.


dimanche 12 juillet 2015

Ce silence qui fait du bruit


Ce matin, comme hier matin, la maison est calme.

Silencieuse.

Mais le silence, quand il hurle, il brise un peu les tympans.

Et ce matin, comme hier matin, le silence est criant. Pas de petite voix flûtée. Pas de son sourd annonçant qu’un objet qui ne le devrait pas vient de s’échouer sur le sol. Pas de petits pas sur le bois flottant. Pas de « mamaaaaaaan » retentissant à tout bout d’champ.

Silence. Calme.

Plat.

Pas de pieds froids collés sur mes jambes dans le lit, aucun petit doigt dans mes yeux ou mes oreilles pour me réveiller. Pas de gazon resté collé aux orteils qui traine partout sur le plancher que j’ai nettoyé et qui garde, étrangement, plus de dix minutes, son éclat alarmant qu’aucun bloc Légo ne vient troubler. Aucune course de tite auto dans le salon. Pas de voix insistante pour obtenir le contrôle de la manette de la télévision. Pas de yogourt renversé dans un regain de volonté d’autonomie. Pas de lait au chocolat. Pas d’escargot dans un pot. Pas de boucle à attacher, de bouche à essuyer, de cheveux à tresser.  

Que ce calme trop calme.

Que le frigo qui respire. Un café chaud. Et le bruit régulier de mes doigts sur le clavier.

Et ce vide.

Ce vide qui m’effrayait et que je dois maintenant apprendre à garnir. Ce vide que mes enfants avaient magnifiquement empli de leur petite vie.

Prends du temps pour toi pendant que tes enfants sont chez leur papa, qu’y disent.

Je le sais. Je le fais. Mais il y a de ces habitudes qui nous collent à la peau comme un plaster tout frais qu’on tenterait d’arracher.

Et comme j’ai dû un jour accepter le fouilli que ces deux petites vies foutaient dans la mienne, je dois maintenant apprivoiser l’ordre qui y règne quand ils sont partis vivre une petite partie de la leur ailleurs.

En buvant du café.

Chaud, pour une fois.



jeudi 11 juin 2015

Madame Christine

Parce que parfois, en fin d'année scolaire, il faut prendre le temps de remercier la personne qui a gardé un œil, ou deux, sur notre enfant et parce que les mots font souvent de beaux cadeaux, voilà ceux que j'ai donnés à Madame Christine :

Quand je serai grande, je rêve d'être comme elle. De garder, malgré les obstacles et les années, autant d'amour pour mes élèves. De garder, dans mes yeux, toute la tendresse qui brille dans les siens pour eux. Je rêve de mettre la main sur ce gant de velours glissé sur sa poigne de fer, celui qui prend soin au quotidien, celui qui se soucie, celui qui protège, qui réconforte, qui attentionne et compassionne.  
 
Quand je serai grande, je rêve d'être comme elle. De laisser toujours cette passion enflammer mes idées pour leur permettre à eux de vivre du beau, du magique, du poétique. De sourire fièrement devant ce qu'ils réussiront. De m'émerveiller encore autant devant ce qu'ils sont, devant le chemin qu'ils suivront, devant leur évolution. 
  
Quand je serai grande, je rêve d'être comme elle. De laisser mes couleurs flamboyer, comme les siennes. Malgré les obstacles et les années. Ne pas m'affadir, ne pas ternir.

Briller pour faire briller.

Sourire pour faire sourire.
  
Aimer pour faire grandir.  
 
Comme elle. Pour eux.



mardi 12 mai 2015

Les fleurs, ça pousse même dans le froid

Pour la première fois de leur vie, j’ai fait un choix que je savais bousculant, bruyant, déchirant. J’ai choisi le déstabilisant. Le culpabilisant. L’inquiétant. Pourtant, je découvre en mes enfants une force que les adultes n’ont pas tant. Une capacité de vivre dans le présent, de rester confiants. D’avancer, malgré les tumultes, sans trop regarder ni derrière ni devant. Ils ont cette force que je leur envie tant. De marcher la tête dans le vent, les yeux ouverts et le rire plein de dents. Et je les vois continuer. À grandir. À pousser malgré le froid, malgré le mauvais temps. Et je les admire. Et j’apprends. Parce qu'ils gambadent dans la tornade. Parce qu'ils rient malgré la pluie. Et à travers le bruit et l’incertitude, ils fleurissent. Quand même. Et s'embellissent. Se renforcissent. Et grandissent. Surtout. Malgré tout.


Et je les admire. J'apprends. Que c'est pas tout d'être grand. Qu'il faut savoir être petit de temps en temps. Pour se laisser porter par le vent. Léger. Confiant.
 
Et je me rends compte que des fleurs, ça pousse. Tout le temps. Même dans les vents turbulents. Même quand le printemps est froid.







samedi 14 février 2015

Y fait pas beau, tout l'temps, partout.

Il y a ces semaines de tempête dont on parle rarement virtuellement. Ces moments turbulents qu'on tait dans ce monde d'apparat où il faut sourire sur les photos pour susciter l'envie avec le beau. Il y a de belles histoires, avec des licornes et des princes charmants, et il y en a d'autres, parfois, où les rêves foutent le camp. Tu le sais, lecteur désillusionné, que la vie nous garoche parfois un banc de neige qui cale jusqu'aux hanches dans le chemin et qu'elle nous regarde nous démener pour en sortir avec son estie de sourire baveux dans face! Et, comme un parent devant son kid qui apprend à nager, les bras croisés et l'œil amusé, elle nous tambourine les tympans avec les muscles qu'on se fera et la force qu'on prendra. Et moi, dans mon banc de neige, la face dans le vent, la pelle à la main pis les doigts su'l bord de tomber parce qu'ils ont froid, j'me dis juste que chu crissement pas ben là, drette là, mais que ça ira. Que la tempête passera. Que le printemps arrivera, il revient toujours, inlassablement. Pis qu'inévitablement, le banc de neige fondra. Mais j'ai quand même besoin d'écrire, même s'il y a du vent pis que les mots ne me viennent pas vraiment, parce que sinon ça tempête en-dedans pis ça fait mal au ventre. Faque fuck les apparences, lecteur empathique. Je sors une jambe de mon garde-robe virtuel pis j'te lance, comme ça, que chez moi, présentement, il fait pas beau tout l'temps.





samedi 10 janvier 2015

Journée d'gars

Aujourd'hui, c'était une journée d'gars. J'ai pas poussé l'audace à essayer de pisser mon nom de vingt-deux lettres dans la neige, mais j'y ai songé...

Une journée d'gars, c'est compter le temps en nombre de tirs au but.
C'est nommer les marques des voitures pendant qu'on les salue.
C'est se faire évaluer la qualité de goaleuse pis de scoreuse de buts.
C'est se faire dire qu'on sent bon même si on pue.

C'est se faire plaquer dans la bande de la galerie pendant qu'on se fait aller la pelle, les biceps pis les abdos à soulever l'épaisseur glacée de la semaine.
C'est devoir frencher une tite auto parce qu'elle a d'la peine.
C'est se faire demander en mariage au moins cent fois.
C'est se taper dans' mite pour n'importe quoi, à tout bout d'champ.


C'est se faire sortir de la lune par un coach d'un mètre qui proteste qu'il vaut mieux tenir son bâton à deux mains.
C'est courir, se pousser, se pitcher dans' neige, penser à rien.
C'est écouter plaider que Boston, c'est vraiment d'la marde.
C'est entendre imiter, après chaque but compté, une estie d'sirène criarde.


C'est se faire embrasser l'œil après qu'on y ait crissé un bâton de hockey victorieux.
C'est se faire clamer je t'aime en se regardant l'fin fond des yeux.
Se faire aussi dire qu'on est belle, qu'on a les plusses beaux cheveux.
C'est se laisser convaincre qu'on n'est pas si vieux, juste un peu.







dimanche 21 décembre 2014

Québec, je t'haïs

Depuis quelques nuits blanches déjà, je cherche mes mots, Québec. Ceux que j'ai trouvés sont trop violents, haineux, sacrent sans modération et envoient chier promptement, désobligeamment. Ceux-là n'auraient servi à rien. J'essaierai donc d'en choisir d'autres et de les écrire calmement.


J'ai bien réfléchi, Québec. Et sache que mes mots, je les pèse précautionneusement. Je ne croyais pas les dire un jour, moi qui t'aimais tant. Je ne pensais pas les penser vraiment. C'était du déni, je le sais maintenant. Alors je te les lance comme ils m'habitent : sèchement, brutalement.


Québec, je t'haïs.
Terriblement.


Je t'en veux, de fusiller mes rêves. De noyer mes valeurs. De saigner mes espoirs, mes ambitions, mes aspirations.


Je t'en veux de mentir, de salir. De faire croire et de détruire. Je t'en veux de nous négliger, de m'abandonner et de prétendre que c'est pour mon bien, que ça va bien aller.


Je t'en veux de ne pas voir l'essentiel. De cracher sur le primordial. De piétiner le principal. Et de scander hypocritement que ça ne fera pas mal.


Je t'en veux de vouloir changer. De te détourner des priorités. Je ne peux pas te laisser faire, tu me verras me lever. Je ne peux pas me laisser faire, tu m'entendras crier.


Québec, je t'haïs, mais j'espère cruellement pouvoir encore t'aimer.


Je veux vivre, éduquer, grandir avec toi. Québec, tes décisions m'appartiennent un peu, souviens-t'en. Je ne suis pas seule à enrager tant. À colérer férocement. Québec, arrête-toi, il est encore temps. Reviens donc à ce qui importe tant.





mardi 16 décembre 2014

Chêne


J'ai écrit ces mots pour une amie qui ne savait pas lesquels choisir après avoir appris le cancer d'une de ses amies. Parfois, ça fait plaisir d'offrir ses mots à ceux qui ne trouvent pas les leurs...

J’étais un roseau après la tempête. J’avais eu beau essayer, j’avais été incapable de me redresser. Le vent m’avais usée, courbée jusqu’à me plier complètement, jusqu’à m’écraser, me briser. J’étais un roseau massacré. Et toi, mon chêne. Vivant. Solide. Assuré. Ta force apaisait ma fragilité. M’empêchait de vaciller. Tu étais droite, parfaitement bien enracinée. Et tes couleurs égayaient la grisaille, éclairaient mon obscurité. Et tranquillement, j’ai su me relever, me soigner. C’est toi, mon chêne, qui, tout ce temps, m’a protégée.

Et voilà qu’une nouvelle tempête rugit. Les vents sont forts, je sais, je fléchis. Et j’ai peur. J’ai peur pour toi, mon amie. Peur que cette fois, ce soit toi qui plies. Et je ne suis qu’un roseau, toute menue à côté d’un chêne, si petite devant le grand, minuscule devant le géant. Mais j’ai confiance. J’ai confiance en ta puissance, mon amie. Je sais que tu resteras debout dans les vents. Je sais que tu ne casseras pas pendant l’ouragan. Garde toute ta force pour toi, cette fois. Reste droite, mon amie, ne fléchis pas.





mardi 2 décembre 2014

Rêver jeune

Rêver jeune, vivre vieux. Aimer la spontanéité et devoir planifier. Souhaiter hurler, danser, mais se taire, se raisonner. Réprimer son rire pour la crédibilité. Être solide alors qu'on a envie de s'écrouler.


Pis étouffer.


Vouloir des céréales pour souper pis s'obliger à manger équilibré. Courir même si on est fatigué. Se lever quand on voudrait se coucher. S'impatienter alors que tout passe avec tant de rapidité.


Pis souffler. S'essouffler.


Et respirer. Recommencer.


Désirer l'impromptu, mais routiniser. Fantasmer d'intensité et se contenter de stabilité. Voir grand, vivre raisonnablement. Aimer agir, devoir réfléchir.


Et s'étourdir. En espérant ne pas défaillir.





mardi 21 octobre 2014

Cet après-midi, j'ai eu quatre ans

Cet après-midi, j'ai eu quatre ans. Tu as grimpé tout en haut, sur ton bateau de pirates au milieu du parc. Tu étais le gentil et moi le méchant. Il y a eu de la pluie, mais en mer, tout est mouillé d'avance, ça ne dérange pas. J'avais mon épée, tu avais ton bateau. Je clamais : "À l'abordage!" parce que ça fait toujours beau. Et tu ripostais de tes mots graves : "Marin d'eau douce, retourne dans ton canot!" C'est alors qu'est arrivé ton équipage, inopinément, comme une bordée de neige à la fin du printemps. Ils étaient quarante-seize. J'étais seule. Ils m'ont encerclée, menacée. Attaquée. J'esquivais les coups. Je bravais la mort. J'avais déjà perdu plusieurs bras quand j'ai eu du renfort.


Cet après-midi, le papa de ton équipage, un pur inconnu, a eu quatre ans un peu. Le geste hasardeux et le cri incertain, il est passé à l'attaque. Il n'avait pas ton assurance, mais il avait la force de l'odeur d'une poche de hockey et savait se battre. C'était insuffisant, vous gagniez.


Cet après-midi, mon papa aussi a eu quatre ans. Il ne pouvait pas me laisser mourir autant de fois en restant impuissant. Il a fait comme toujours, il a volé à mon secours. Lui, sa fougue et ses feuilles mortes vous ont attaqués, imprévisibles, alors que vous vous étiez confortablement assis sur vos lauriers comme les Canadiens quand ils mènent en première période. Et je suis morte pour une cinquante-treizième fois, pour la forme, mais surtout pour le regarder rire comme un enfant. Mon père.


Et parce que mon papa, c'est le plus fort, vous avez capitulé.


Et j'ai trouvé que c'était un peu ça, le bonheur : regarder mon père, même à soixante ans, en avoir quatre avec toi.



dimanche 28 septembre 2014

Nous sommes

Nous sommes. 
Il a quelque chose de permanent, le verbe être. 
Non? 

Un dimanche soir pareil à tous les autres dimanches soirs, ta Terre a cessé de tourner. Le téléphone avait sonné. Sa sonnerie n'avait pourtant rien de particulier. Aucune musique dramatique ne s'était subitement mise à jouer. La lumière n'avait pas changé. Rien ne laissait présager. Tu avais répondu innocemment. En croyant qu'ils étaient. Qu'ils seraient toujours. Ou du moins longtemps.

Tu as su qu'ils n'étaient plus. Jamais. Que toi non plus, tu ne serais plus complètement. Du moins pour longtemps. 

Tu m'avais appelée. Le téléphone avait sonné. Sa sonnerie n'avait pourtant rien de particulier. Mais ma Terre s'était un peu arrêtée. Pendant que les enfants s'arrosaient dans le bain, mon impuissance ruisselait sur mes joues. 

Et tu avais tant à penser alors que tout ce que tu aurais voulu, c'est t'écrouler. Et tu avais ce petit homme, dans ton ventre, que tu devais protéger. Protéger de cette douleur que tu voulais lui éviter. Parce que tu ne voulais pas donner la vie dans la mort. Parce que tu n'étais pas seule dans ton corps.

Et tu es restée debout. Alors que tu aurais pu t'écrouler. Tes racines avaient été arrachées, mais tu n'as pas laissé l'ouragan t'emporter. 

Tu ne savais pas comment faire, quand ta Terre s'est doucement remise à tourner. Comment vivre le bonheur d'une naissance dans la douleur de la mort? Et toutes ces premières fois sans leurs mots, sans leurs voix? Tu devais réapprendre à marcher, seule cette fois. Sans leur aide, sans leurs bras.

Mais tes pieds étaient solides, même s'ils avaient parfois envie de s'écrouler. Tu avais d'autres petites vies à t'occuper. Tu as pris soin de ceux qui sont. Et tu as continué à être, malgré la tempête. 

Maintenant, je sais que tu sais mieux que moi que nous sommes, oui, mais ne sommes pas permanents. 

Et je le sais un peu plus, avec toi.

Tu es forte, mon amie. Plus que tu ne le crois. 


dimanche 7 septembre 2014

Des mots plein la tête



Parce que, des fois, il y a des mots qui auraient avantage à nous rester en tête, il vaut mieux les mettre dans sa tuque.


C’est pourquoi l’Insomniaque sa muse attache ses mots avec d’la broche à l’intérieur des tuques de La folle à la machine. Pour joindre l’agréable à l’agréable, La folle et l’Insomniaque s’amusent à la machine.


Choisissez bien votre tuque.


Choisissez bien les mots.

Parce qu’une fois dans la tuque, les mots ne sont pas loin d’être en tête…


Pour des photos, pour plus de détails, pour tout achat ou bedon pour des tuques ou des messages plus personnalisés:


L'insomniaque sa muse


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lundi 1 septembre 2014

L'amour lent

J'ai toujours eu l'amour lent. Je tombe amoureuse avec beaucoup de retenue. Probablement parce que j'ai jamais aimé tomber, ça fait toujours un peu mal. J'ai toujours eu l'amour qui prend son temps. Il faut être patient, le regarder grandir, parfois fleurir, mûrir, mais trop souvent flétrir, s'évanouir, mourir. J'ai toujours eu l'amour sélectif. Il réfléchit beaucoup. Trop. Beaucoup trop. J'émotionne fort, c'est vrai, mais encore faut-il que j'émotionne. Et j'ai toujours eu le feu de paille détrempé.


Pis là, lecteur qui s'attend à une histoire de princesse, tu vas être déçu. Parce qu'il est rare que mes mots soient aussi graves. Qu'ils viennent d'aussi loin.  Ne me juge pas, lecteur compréhensif. Je ne t'ai pas jugé, moi, l'autre jour, quand je t'ai pogné en train d'écouter du Lara Fabian. Ne juge pas mes mots, je t'avertis, ils sont gros.


J'avais accepté que mon char se promène sur le break à bras.


J'avais accepté que la foudre s'abstienne de m'assommer.


Et j'avais accepté cette flamme qui vacille à chaque coup de vent.


Par contre, j'ai moins bien accepté que l'amour prenne son temps même avec mes enfants.


J'avais cette peur, de ne pas aimer assez. Parce que j'ai l'amour lambineux, tu le sais. Et j'ai beaucoup écouté l'expérience parler. Elle m'a raconté qu'une mère aime intensément dès les premiers moments. Elle m'a affirmé que c'était viscéral, instantané. Elle m'a convaincue de ne pas m'en faire. Je l'ai crue, que pouvais-je faire d'autre?


Et elle est née.


Et j'aurais tué, pour qu'elle vive. J'aurais assassiné pour la sauver. C'était nouveau comme pulsion. C'est d'ailleurs la seule fois où j'ai pu croire à l'instinct. À une programmation animale venue de la préhistoire, plus forte que mon éducation, que ma raison. C'était fort. C'était intense. Intensément fort.


Mais ce n'était pas de l'amour. Pas au sens où je le ressens.


Je n'aimais pas ce petit être qui venait de moi tout simplement, je le sais maintenant, parce que je ne le connaissais pas. J'aimais ses yeux aux iris volumineux, ses doigts pleins de phalanges et même son nombril protubérant. Mais elle? Qui était-elle?


Comment pouvais-je aimer ce qui m'était encore inconnu?


Peut-être parce que je ne la comprenais pas. Peut-être parce qu'elle pleurait allègrement. Peut-être parce que je ne suffisais pas à la rendre confortable, ou bien encore parce que je suffisais trop, je ne sais pas. Peut-être parce que la neige a beaucoup trop neigé cet hiver-là. Peut-être parce que je monologuais un peu trop souvent. Probablement parce que mon sommeil a décidé de foutre le camp. Et que finalement, les besoins de base n'ont pas beaucoup à nous apprendre sur un enfant... Fouille-moi pourquoi. Mais j'ai encore une fois eu l'amour lent.


J'aurais préféré m'y attendre. J'avais peur. De ne pas ressentir à la hauteur.


Et le temps a passé. Et la paille a séché. S'est allumée. S'est finalement embrasée, tu le sais. J'ai appris à la connaitre, à l'aimer. À partir du moment où j'ai pu la découvrir sur d'autres bases que son sommeil excessivement entrecoupé, ses pleurs démesurés et son appétit effréné, j'ai su l'aimer. Quand j'ai vu sa curiosité, son calme, son intelligence, sa joie, sa naïveté, là, pour de vrai, au sens où je le ressens, je l'ai aimée. Elle. Ce qu'elle était. Vraiment.


Et quand j'ai aimé, j'ai aimé. Tellement. Tant.


J'aurais préféré m'y attendre. Ça m'aurait empêché de m'inquiéter.


La deuxième fois, j'ai accepté que j'avais le sentiment différent de ce que l'expérience m'avait juré. J'ai accepté que ce serait fort, mais que je prendrais du temps à connaître, à aimer au sens où je le ressens, moi. Parce que je savais que ça viendrait quand il me montrerait qui il était. Lui. Pour de vrai. Parce que je savais que ce n'est pas le nombre d'heures qu'il dormirait qui ferait de lui un bon ou un mauvais bébé, qu'il faudrait que j'attende pour voir sa vraie personnalité. Parce que même si, comme sa sœur, il avait le pleur déterminé, je saurais lui trouver d'autres qualités. Parce que je savais désormais que je ne passerais pas ma vie à monologuer, j'ai eu la patience d'attendre d'aimer.


L'expérience tait souvent ces mots qui sont gros, graves. Parce que les autres sont plus beaux, légers. Maintenant, je le sais.


J'ai aussi compris que je n'ai pas vraiment l'amour lent, j'ai plutôt l'amour vrai. Il attend de savoir qui il a à aimer, pour aimer vraiment.